Après la crainte d’un manque au niveau de l’offre, manifestée à la fin du mois d’avril, le marché pétrolier vit un début de mai dans une atmosphère d’inquiétude d’une surabondance de brut.

Et pour cause, l’offre de la production américaine se montre assez abondante pour réduire efficacement de l’impact des décisions de Washington de mettre fin aux exemptions accordées à certains pays pour l’achat de pétrole iranien.
Cette offre est même la plus forte depuis 2017, et sur le tableau d’affichage des prix, l’or noir a nettement perdu par rapport aux 75 dollars atteints la semaine dernière. Néanmoins, la journée d’hier a été plutôt marquée par une légère reprise par rapport à la clôture de la veille, qui a permis au baril de gagner quelques cents et de se maintenir au-dessus des 70 dollars pour le baril de Brent de la mer du Nord. Pour livraison en juillet, ce type de pétrole valait 70,83 dollars sur l’Inter Continental Exchange (ICE) de Londres, en hausse de 8 cents par rapport à la clôture de jeudi. A New York, le baril de Texas Light Sweet pour le contrat de juin gagnait 15 cents à 61,96 dollars. « Malgré l’annulation des exemptions américaines aux sanctions sur le pétrole iranien, la semaine dernière, les prix fondent avec la montée des stocks américains qui sont à leur plus haut depuis 2017», a résumé Lukman Otunuga, analyste chez FXTM.
L’offre reste, en effet, très abondante aux Etats-Unis, comme l’a illustré le bond des stocks américains de près de 10 millions de barils la semaine dernière, tandis que la production américaine a battu son record pour s’établir à 12,3 millions de barils par jour. Le marché s’était, en effet, focalisé fin avril sur l’Iran, quand Washington avait décidé d’arrêter d’exempter certains importateurs de brut iranien de sanctions dans le but explicite de réduire les exportations de Téhéran à zéro.
Comme d’habitude en pareille configuration de marché, l’Arabie saoudite, premier exportateur mondial et rival géopolitique de l’Iran, a vite manifesté ses prédispositions à pousser plus ses extractions pour compenser les pertes pour les acheteurs. Riyad a réagi de la sorte en promettant de rester dans le cadre de l’accord de limitation fixé fin décembre par l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) et leurs partenaires.
Réagissant à l’offre saoudienne, le ministre iranien du Pétrole, Bijan Zanganeh, a soutenu que « l’Iran est membre de l’Opep uniquement pour protéger ses intérêts » et que « si certains membres de l’Opep veulent mettre en danger l’Iran, nous n’hésiterons pas à leur répondre ». Lors de sa rencontre avec le secrétaire général de l’Opep, M. Zanganeh lui a déclaré que « l’Opep est menacée par la politique unilatérale de certains de ses membres et que l’Organisation allait probablement s’effondrer ».
Les tensions entre membres de l’Opep pourraient compliquer la tâche de l’Organisation lors de sa réunion, fin juin, où un renouvellement de l’accord devrait être débattu. « Même avec des pertes importantes en Iran et au Venezuela, l’Opep et ses partenaires doivent continuer de limiter leur production pour garder le marché à l’équilibre », a prévenu Bjarne Schieldrop, analyste chez SEB.