Comment va la presse dans notre pays ? Quelle est sa « géographie » actuelle sous le vent qui souffle pour le changement dans le pays ? Pour trouver des réponses à ces questions, que la journée du 3 mai encourage à nouveau de poser, rien de mieux que des professionnels du secteur. Dans leurs réponses, qui ne recouvrent sans doute pas toutes les préoccupations de la corporation, des éléments de langage significatifs, cependant, ainsi que des indications emblématiques de ses difficultés et de ses aspirations. Verbatim.
« Le champ médiatique algérien demeure encore fortement limité et balisé » par les choix politiques du passé, affirme le rédacteur en chef du journal électronique TSA, Fayçal Metaoui. Le journaliste affirme que la liberté de la presse reste encore un projet, un constat, qu’il accompagne de l’observation selon laquelle l’audiovisuel privé est un secteur « offshore » soumis à des autorisations provisoires et que les journalistes, dans leur ensemble, vivent des situations de relative précarité. « En 2019, nous avons encore des chaînes de télévision privées qui ne sont pas reconnues par le droit algérien, des journalistes n’ont pas de statut et les salaires en vigueur dans les rédactions sont loin des standards internationaux », nous dira-t-il. Le débat sur la publicité publique « doit être posé en fonction de la qualité de l’offre éditoriale et du partage équitable» de ses revenus.
«La relation presse-gouvernements et institutions de l’Etat» doit être «également abordée». Elle est devenue «urgente en l’absence d’une véritable politique d’information et de communication» de l’Exécutif, ajoute
M. Metaoui.
Pour Hafid Soualili, journaliste au quotidien arabophone El Khabar, «la liberté d’expression en Algérie est meilleure par rapport à d’autres pays dans le monde et dans la région Afrique du Nord-Moyen-Orient, cela ne veut pas dire qu’elle est exemplaire, loin s’en faut ». L’enjeu, selon ce spécialiste des questions économiques, est dans la « capacité des professionnels à s’organiser pour le respect des règles » éthiques et déontologiques.
« C’est important d’évoluer dans un cadre juridique et réglementaire de liberté, mais c’est vital aussi que les professionnels des médias se mobilisent pour une presse de qualité ». Selon M. Soualili, une inertie des journalistes à ne pas intervenir dans le débat sur le choix du cadre juridique et réglementaire adéquat serait mortelle pour une corporation en situation d’affirmer sa crédibilité dans un contexte marqué par la forte concurrence des réseaux sociaux.
Pour sa part, le secrétaire général de Syndicat national des journalistes Kamel Amarni, « le système en place depuis une vingtaine d’années a mis un dispositif insidieux de contrôle des médias et multiplié les pressions, le plus souvent masquées. La promotion de la liberté d’informer et de s’exprimer était son dernier souci. Face à cette situation, il est question, pour les journalistes, de se mobiliser d’abord au sein de leurs rédactions avant de songer à des formes de mobilisation fédératrices». Sur le SNJ, M. Amarni affirme que des actions importantes ont été menées en faveur de journalistes sans qu’elles n’aient été médiatisées. Les revendications du syndicat, insiste-t-il, restent les mêmes : «La défense des droits moraux et matériaux des journalistes et la liberté de la presse ».
Les trois journalistes sont d’accord pour considérer que les médias électroniques, en dépit des dérives constatées sur certains sites où l’information n’est pas sérieusement recoupée ni vérifiée, ont fait bouger les lignes.
« Les e-médias ont renforcé le champ médiatique algérien. L’avenir leur appartient alors que la presse écrite doit continuer à exister en créant des plateformes électroniques».n