Au onzième vendredi du mouvement de contestation, la mobilisation s’est poursuivie à travers le pays avec des manifestations populaires exigeant, inlassablement, un véritable changement et refusant les expédients.

Les mêmes revendications et aspirations, le départ des figures de l’ancien système, et la construction d’une nouvelle Algérie. Les différents slogans exigent le changement et non pas un simple « lifting cosmétique ». Le premier responsable de l’Armée est invité à imposer, au nom du peuple, un véritable changement, et les dernières « évolutions » ne semblent pas convaincre. Les actions en justice, qui rythment désormais la chronique nationale avec des noms qui ne laissent guère indifférente l’opinion, sont pour le moins différemment appréciées. « Châtiment légitime », ou simple « poudre aux yeux », c’est selon. Après onze semaines de mobilisation le Hirak semble plus que jamais face à un moment crucial. Celui de passer à de nouvelles formes de mobilisation et surtout cristalliser ce soulèvement inédit en actes politiques agissant pour peser dans l’Algérie post-Bouteflika. Eviter la démobilisation dans les prochains jours et semaines sera incontestablement le grand défi du mouvement populaire, qui a enthousiasmé de par son ampleur mais aussi par sa discipline. Au fil des vendredis, un constat s’est imposé. Il est évident que la crise politique algérienne est, de l’avis de la majorité des observateurs, arrivée à un moment déterminant. Un mois après la démission de Abdelaziz Bouteflika, le bateau Algérie semble toujours à la recherche d’un port d’attache. Le retour à un fonctionnement institutionnel normal semble difficile à atteindre. Le chef d’état-major Gaïd Salah, qui s’adresse aux Algériens chaque mardi, souvent en deux temps, insiste toujours sur une sortie de crise s’inscrivant dans le cadre de la Constitution actuelle. Laquelle Constitution est considérée par beaucoup comme dépassée, voire source de blocage.

Vers de nouvelles voies de sortie ?
L’élection présidentielle annoncée pour le 4 juillet prochain par le chef d’Etat par intérim Abdelkader Bensalah semble toujours inorganisable dans les conditions de tension actuelles. Ce qui complique d’emblée une solution par ce canal prônée actuellement par les décideurs. Ces derniers sont aujourd’hui condamnés à imaginer de nouvelles voies de sortie en associant, notamment des personnalités consensuelles et crédibles aux yeux de millions d’Algériens qui expriment, aujourd’hui, de la suspicion envers l’action de la justice qui voudrait frapper d’une main de fer avant même la résorption de la crise politique. Certaines personnalités en vue commencent à offrir des esquisses. L’ancien Premier ministre Ahmed Benbitour, par exemple, propose une période transitoire de 8 à 12 mois et la dissolution du gouvernement actuel. Il est devenu particulièrement clair que des décisions importantes devraient être prises dans les prochaines semaines si ce blocage se poursuit. A Alger, malgré les difficultés dues notamment à une gestion particulièrement rigoureuse des accès routiers, la mobilisation s’est poursuivie. Certains observateurs y ont décelé une certaine baisse dans le nombre des manifestants en rapport aux affluences record enregistrées durant les vendredis précédents. La capitale du pays étant la vitrine qui accapare l’intérêt des médias, il est tout à fait naturel qu’elle reste un repère pour jauger du mouvement politique contestataire. Mais la grande question qui revient, comment continuera concrètement à se mobiliser le mouvement de contestation durant le mois de Ramadhan ? Un mois très particulier où les habitudes des Algériens, à l’instar des musulmans dans le monde, tendent à changer.