Le dernier discours du chef de corps d’Armée, Ahmed Gaïd Salah, a divisé la classe politique entre ceux qui accueillent favorablement sa proposition d’un «dialogue constructif avec l’ensemble des institutions» et ceux qui s’inscrivent en faux avec l’offre, qui intervient au moment où le mouvement populaire aborde son troisième mois de mobilisation.
Parmi les formations politiques favorables au dialogue suggéré par le chef de l’état-major de l’ANP figure Talaie El Hourriyet. Son président Ali Benflis a indiqué, dans ce sens, que « tout l’enjeu du moment est de permettre au dialogue de s’enclencher en réunissant les conditions les plus favorables à son bon déroulement et à son succès». Réagissant au discours de Gaïd Salah lors de sa visite dans la 5e Région militaire, l’ancien chef de gouvernement a expliqué, dans un communiqué, que « le dialogue constitue l’essence de toute action politique responsable et constructive ». Le dialogue, a-t-il ajouté, est « l’instrument devant être toujours privilégié dans le règlement des crises », relevant que « face à la crise exceptionnellement grave que connaît notre pays, cette conviction est partagée par tous et nul ne doute de sa nécessité impérieuse et urgente». Pour l’ancien chef de gouvernement cette situation d’impasse « est la résultante d’une divergence profonde entre le processus actuellement conduit dans le cadre strict, intégral et exclusif de l’article 102 de la Constitution et les demandes légitimes de la révolution démocratique pacifique en marche dans notre pays ». Et c’est sur la base de ce constat de divergences que M. Benflis accueille avec faveur l’appel au dialogue émanant du vice-ministre de la Défense nationale. Il a précisé, à cet effet, que « tout dialogue véritablement orienté vers la recherche d’un règlement effectif et rapide de la crise actuelle doit impérativement en faire son objet et sa raison d’être », ajoutant que ce dialogue suppose des « interlocuteurs valables et crédibles, un cadre précis et connu ainsi que des objectifs bien identifiés ». Du côté du Mouvement de la société pour la paix (MSP), l’appel de Gaïd Salah a été également salué. «Le MSP qui n’a pas cessé et continue d’appeler à la nécessité de recourir aux mécanismes de dialogue pour résoudre les crises, surmonter les difficultés et parvenir à un consensus national le plus large, salue et apprécie toute option sincère vers un dialogue large et inclusif, soutenu et parrainé par des institutions crédibles », a indiqué le parti dans un communiqué. Le parti de Makri a réitéré, lit-on dans le même document, son appel au pouvoir politique, pour apporter des réponses aux « revendications et aux propositions raisonnables » des partis politiques à la recherche d’espaces communs pour contribuer au succès d’une « transition démocratique sans heurts et à la poursuite de la lutte contre la corruption afin de l’éradiquer et empêcher la réapparition d’autres gangs ». Par contre, l’appel de Gaïd Salah est mal accueilli par l’avocat Mustapha Bouchachi, une des figures portées par le « Hirak », et par l’ancien leader du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), Saïd Sadi. Le premier, s’il loue la vertu du dialogue, s’interroge sur les parties qui devront le mener. «Le dialogue est une méthode civilisée pour régler les problèmes. Mais, je veux toutefois poser une question. Dialoguer avec qui ? Comment et pour quoi ? La feuille de route des Algériens qui sortent depuis le 22 février 2019 est claire. Ils veulent le départ du régime et tous ses symboles », a réagi l’avocat et ancien président de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’Homme (LADDH). «Si on veut un vrai dialogue, on doit le faire pour élaborer une feuille de route consensuelle. Nous voulons une période de transition dirigée par des hommes et des femmes acceptés par les Algériens », a-t-il plaidé. Mais, incontestablement, c’est Saïd Sadi qui a été très critique à l’égard de Gaïd Salah. « Aujourd’hui, le chef d’état-major, désormais président de fait, exige de tout un chacun de se soumettre à un diktat intangible : les instances de l’ancien régime doivent organiser l’élection présidentielle « dans les meilleurs délais », écrit-il dans une réaction au dernier discours de Gaïd Salah. « Autant dire que dans ces conditions, les appels au dialogue signifient que le système décrié par des millions d’Algériens, depuis maintenant deux mois et demi, a de beaux jours devant lui », dira l’ancien chef du RCD, selon qui, Ahmed Gaïd Salah « dit une chose et son contraire ».<