Reporters : La scène est marquée par un bouillonnement syndical. Comment peut-on lire une telle intensité dans l’activité syndicale ?
Zahir Battache : Le bouillonnement syndical que connaît la scène nationale depuis quelques semaines n’est en effet qu’un parallèle logique et naturel de cette révolution naissante en Algérie, si ce n’est pas dans le fond l’instigateur ou le précurseur essentiel. Dans la pratique syndicale, comme en politique d’ailleurs, c’est le combat éternel afin de parvenir à chaque fois à la pleine possession de tous les droits et l’étouffement de toutes les contestations ayant lieu de par le passé ont contribué largement et ont précipité ces mouvements de protestation contre l’ordre établi.
Cette surchauffe syndicale constitue un retour de bâton plus que mérité pour une bande coupable non seulement de n’avoir pas tenu les engagements auxquels ils avaient pourtant souscrit mais plus encore de soutenir « au nom des travailleurs» les gouvernements successifs et contribuer sans honte bue, d’une manière ou d’une autre, au délabrement avancé des Institutions de notre République devenue plus bananière.

Sidi Saïd est fortement contesté et la date du congrès vient d’être avancée. La fin visiblement proche de Sidi Said conjuguée avec le mouvement populaire annonce-t-elle un nouveau paysage syndical ?
Le printemps 2019 sera, à mon avis, considéré comme une rupture dans l’histoire syndicale dans notre pays. Le pouvoir a joué depuis l’indépendance sur les organisations de masses principalement travaillistes pour mobiliser les troupes autour de son maintien aux commandes.
Également, je ne cesserai de le dire, la question n’est pas dans les lettres alphabétiques, à changer X ou Y. Certes le régime actuel, véritable danger pour l’Algérie, doit partir dans sa globalité y compris pour les clientélistes installés à la tête de ces organisations qui ont malheureusement contracté un mariage de raison au détriment des classes qu’ils devaient défendre, mais plus encore il faut se concentrer plutôt sur la manière d’assoir préalablement une véritable démocratie et le reste suivra.
A mon sens, l’UGTA comme le FLN, il faut aussi distinguer celle d’avant 62 et celle d’après, car c’est un patrimoine qui revient à tous les Algériens sans exception et qu’il faut juste restituer au peuple, et par ce geste, le meilleur hommage sera rendu à la figure de proue du syndicalisme révolutionnaire le chahid Aïssat Idir et ses camarades ayant payé de leurs vies pour que l’indépendance de ce pays soit recouvrée.
Etant dans la même démarche, aujourd’hui, le peuple, seul héros, a depuis le 22 février, libéré tout le monde, non seulement l’UGTA, mais aussi toutes les organisations professionnelles, pour ne citer que celles des magistrats, des inspecteurs du travail… et ce sont là les prénices et l’esquisse d’un nouveau paysage syndical.

Est-ce une redistribution des cartes ?
On ne peut parler d’une redistribution des cartes car ne nous sommes pas dans une situation normale. On assiste à une révolution pacifique.

La montée en force observée ces dernières années d’une oligarchie dominante sur le plan économico-social en plusde son accaparement d’une autorité politique caractérisée par l’implication de l’appareil d’Etat au plus haut niveau pour assurer cette domination.
Cette situation a induit une insécurité sociale grandissante notamment depuis 2012 en dépossédant le peuple des avantages sociaux acquis à l’exemple de la question des salaires sans cesse des moindres, les déséquilibres structurels de la sécurité sociale et tous les dispositifs de protection sociale et de la santé en général, les retraites remises en cause,un taux de chômage sans cesse en évolution, s’ajoute toutes les formes de dévaluation de la monnaie, et un niveau de vie en deçà des minimums vitaux.

Un changement dans le paysage syndical aura quel impact sur les organisations syndicales autonomes ?
Tout d’abord, je dois rendre hommage aux syndicats autonomes qui ont subit depuis bien longtemps une répression sous toutes ces formes possibles par les pouvoirs publics bafouillant tous les principes pourtant garantis par les instruments internationaux, ratifiés par l’Algérie, à commencer par la déclaration universelle des droit de l’Homme, le Pacte international sur les droits civils et politiques, le Pacte international sur les droits économiques, sociaux et culturels, ainsi que les conventions de l’Organisation internationale du travail (OIT) et malgré tout l’Algérie a été épinglée et retenue, pour la troisième année consécutive, dans le groupe des pays ne respectant pas la convention 87 sur la liberté syndicale et la protection du droit syndical. Pourtant, ces syndicats autonomes et tant d’autres organisations syndicales, nonobstantleur importance sur le plan de la représentativité ont souvent dérangé certains cercles du pouvoir au point de restreindre toute liberté de manœuvre et favoriser le monopole syndical à l’UGTA comme unique partenaire social reconnu, lui octroyant la qualité d’interlocuteur privilégié, un choix dicté par le besoin de prédation de l’oligarchie et les tenant du pouvoir car un syndicalisme contestataire ou revendicatif compromet et freine amplement les jonctions possibles avec les affaires.
A mon avis, l’avenir syndical reviendra pour les organisations syndicales autonomes considérées comme véritable force du changement en Algérie et seront les voix privilégiées pour ce peuple car leur force se situe dans la composante et les idéaux.