Des centaines de syndiqués UGTA se sont rassemblées hier devant l’entrée de la Maison du peuple, siège national de la Centrale syndicale à Alger.

En raison de leur nombre, ces manifestants étaient également visibles aux abords du bâtiment et jusque dans quelques-unes des rues du quartier. Tous étaient là pour fêter le 1er Mai, fête mondiale des travailleurs, et pour appeler à l’unisson au départ du secrétaire général sortant de leur syndicat. Devant le portail fermé de la Maison du peuple, sur une bonne partie du boulevard Aissat Idir ainsi que dans les rues adjacentes, ils n’ont pas cessé de scander des slogans contre Abdelmadjid Sidi Saïd, en déplacement hier pour la circonstance à Oran, et les membres de la direction nationale de la Centrale. «Qu’ils partent tous», «libérez l’UGTA», «Sidi Saïd dégage» étaient parmi les banderoles qu’on pouvait voir lors de ce rassemblement, le premier du genre depuis la démission de l’ancien chef de l’Etat, M. Bouteflika, le 2 avril dernier, et les manifestations nationales appelant au changement du régime dans le pays. C’est la première fois également que la fête du 1er mai rassemble autant de monde et autant de protestaires devant le bâtiment national de la Centrale, l’habitude auparavant, pour M. Sidi Saïd et ses collaborateurs, était d’aller célèbrer la journée mondiale des travailleurs dans les régions ; Alger ayant été pendant longtemps interdite de manifestation publique. C’était le cas jusqu’aux premières marches populaires historiques du 22 février 2019… Toutefois, le slogan le plus représentatif sans doute de l’hostilité exprimée hier par les syndiqués de l’UGTA contre leurs chefs était celui portant l’inscription «la prochaine tripartite en prison », allusion au fait que M. Sidi Saïd et ses collaborateurs devront être sous les verrous au prochain tour de table entre le syndicat le gouvernement. C’est du moins l’explication que nous a donnée, avec le sourire, un manifestant qui a tenu à nous signaler que «toutes les fédérations et toutes les structures» de la Centrale sont «déterminées» au changement, lequel « doit avoir lieu dans les plus brefs délais ». Parmi les salariés et les ouvriers présents à la manifestation, nombreux qui ont considéré comme une « perte de temps » que d’attendre la tenue du congrès extraordinaire de l’UGTA, un rendez-vous prévu les 21 et 22 juin prochain et devant signer la fin du mandat du secrétaire général sortant.
Ce cadre de l’UGTA contestant la légitimité de Sidi Said n’écarte pas la possibilité que les travailleurs s’organisent pour faire un congrès extraordinaire avant celui qu’organise le secrétariat national.

L’idée d’un mouvement syndical unitaire dans l’air…
Il semble toutefois exclu que leur souhait soit exaucé en raison du temps court qui reste avant la tenue de ce congrès extraordinaire et des difficultés à organiser quoi que ce soit d’important au plan organique alors que Ramadhan est aux portes et que les candidatures-surtout- ne sont pas encore connues ni mêmes identifieés à ce stade d’une crise du syndicat chevillée à celle du système politique dans le pays. « Le syndicat a été politisé par son actuel responsable qui s’est fait de l’argent sur le dos des travailleurs et en se positionnant avec le patronat et les oligarques », ont dénoncé des manifestants. «Il est condamné à partir. Je ne comprends pas pourquoi il veut rester encore à la tête de la Centrale syndicale, alors qu’il est largement contesté», insistera un des leurs à la vue des journalistes. Si les syndiqués de l’UGTA ont pu se rassembler hier en foule et pour la première fois devant le siège nationale de la Centrale syndicale pour exiger le départ de son secrétaire général – « avant on était toujours chassés par la police », nous dira un manifestant, c’est la première fois qu’a été évoqué lors d’un rassemblement ugétiste l’idée d’un rapprochement avec les syndicats autonomes. Nombreux parmi les cadres et les simples militants de la Centrale qui n’ont pas fui, en effet, la question relative à leur position de faire cause commune ou pas avec les syndicats autonomes corporatistes. Tous ceux qui ont été interrogés par Reporters ont, au contraire, applaudi à ce que l’UGTA et les autres syndicats «trouvent des points de convergence» au «bénéfice de l’action syndicale » en Algérie. «Les revendications des bases militantes de travailleurs sont presque les mêmes, on peut s’unir pour faire entendre nos voix ensemble» face au patronat et le gouvernement, a indiqué un manifestant. Les policiers antiémeute, fortement déployés, ont formé un cordon, pour empêcher les protestataires de marcher sur la rue Hassiba Ben Bouali, alors que les protestataires de l’UGTA n’avaient pas prévu de bouger hors du périmètre avoisinant le siège de leur Centrale.