Inspirés par la révolution du 22 février, qui a réveillé un sentiment de patriotisme longtemps enfoui,  étudiants, étudiantes et activistes s’emparent de la ville pour exprimer en couleurs et à leur manière leur amour et leur attachement à la patrie. Ils créent le premier mouvement des streets-artistes dans le Sud. Leurs initiatives se multiplient, donnant un souffle nouveau à la capitale du Sud.


Des étudiants et activistes créent donc le groupe des « Street-artistes » après le Trashtag Challenge Ouargla, lancé depuis deux semaines, pour rassembler les jeunes prêts à œuvrer pour une ville plus propre et plus gaie. En effet, les murs, les escaliers, les façades furent très rapidement recouvertes d’inscriptions des plus variées. En seulement quelques jours, les jeunes artistes- graffeurs ont employé divers styles, couleurs et formes, créant des œuvres monumentales magnifiquement colorées qui ont donné un nouveau visage à la ville tout en exprimant leur malaise au vu de la situation du pays.

Défi relevé 
N’est-il pas temps de tout reprendre ? De faire revivre les vertus du civisme ? Cet élan s’est traduit, ces derniers jours, en merveilleux dessins et graffitis sur les murs et les espaces publics de la ville. Munis de pinceaux, de pots de peinture, de tubes de couleurs et de bombes à tag, environ 25 street-artistes, filles et garçons, changent complètement le visage de la ville de Ouargla. Tout est concrétisé en couleurs, en formes, en mots sur les murs et dans les lieux publics. Partout, on pouvait lire des graffitis aux messages à caractère politique et social ainsi que des symboles, des signes, des inscriptions, des visages d’humains ou d’animaux et des ornements. Le dessin et le graffiti sont devenus le moyen d’expression revendicatrice, dénonciatrice et contestataire des jeunes de Ouargla qui par leur action promeuvent la citoyenneté active et la démocratie participative.

Après le nettoyage, l’embellissement 
Depuis deux semaines, des campagnes de nettoyage sont organisées à travers le territoire de la ville dans le cadre du Trashtag Challenge Ouargla, lancé avec le début du Hirak populaire par un groupe de jeunes activistes ouerglis. Le rond-point de la Rose de sable (La pierre) au marché de Souk Lahdjar était le point de départ. Après le nettoyage et le lavage du site emblématique, devenu le point de ralliement de la contestation à Ouargla, les trashtageurs squattent les murs qui constituent la façade de Souk Lahdjar et créent un atelier de peinture en plein air. Ils mêlent leurs créations à l’environnement sous les regards d’admiration et plaisants des passants. L’idée d’enjoliver cet espace public a donné lieu à la naissance du Street-Art ou art urbain à Ouargla, le 29 mars 2019. Depuis, le challenge se poursuit et les streets-artistes ne cessent de faire parler d’eux sur la toile.  Après la fameuse place de Souk Lahdjar et, à quelques dizaines de mètres seulement, les mains des street-artistes ont laissé leur empreinte sur la façade à arcades de la cité Bahmid, puis le tour du quartier Harkat. Samedi dernier et sous les étoiles, les streets-artistes ont installé un atelier nocturne dans le ksar laissant libre court à leur imagination. Les murs de l’école primaire Rabia-El Adaouia ont été peints et dessinés sous les regards admiratifs et fiers des habitants de La Casbah. Certains ont même participé en laissant leurs retouches sur le mur pour contribuer et immortaliser ce moment d’échange. Un grand atelier a été ensuite installé par les jeunes de la nouvelle ville d’El Khafdi (Hai Enasr). Des murs, des façades de magasins et des escaliers ont été nettoyés puis joliment peints. 

Une partie, on n’en a qu’une ! 
Il y a quelques semaines seulement, des centaines de jeunes Algériens de tous âges ne pensaient qu’à quitter l’Algérie vers un chimérique eldorado. Mais, depuis le 22 février 2019, ils sont plus déterminés que jamais à dénoncer cette injustice sociale et la corruption en appelant sans relâche à changer ce système et à offrir à leurs enfants une vie et un avenir meilleurs. Les jeunes aujourd’hui ont compris  ce qu’être un patriote,  ce qu’est une patrie. Ils tentent de le prouver en action et en couleurs dans chaque coin de leur ville. Les Ouarglis, comme le reste des Algériens veulent concrétiser cet amour profond et leur vision d’un pays solide, uni, libre et prospère.  Des jeunes se passionnent plus que jamais pour l’histoire révolutionnaire, tentent de s’accrocher et suivre la trace de leurs ancêtres. Des images de personnages historiques, de chouhada (martyrs) ont été immortalisé sur les murs de la ville comme symbole de force et de patriotisme. Ces jeunes ont adopté  tout ce qui tend à réveiller l’amour du pays et orienter leurs passions vers l’intérêt public.  

Hanine Bendaoud, la street-artiste la plus en vogue
L’activiste Fatma Bendaoud, enseignante à l’Institut supérieur de gestion (ISG), est celle qui a apporté l’idée de l’art urbain en voulant donner à la façade du Souk Lahdjar (ex-marché des Roses de sable) un autre visage. « On a été inspiré par l’initiative du jeune activiste Younès Drici, le lanceur du Trashtag Challenge pour nettoyer la planète qui a été mondialisé. On a voulu contribuer à inculquer cette culture environnementale aux jeunes de notre région mais surtout créer un espace d’expression publique qui leur permet de s’exprimer, d’extérioriser leurs craintes, leur amour artistiquement et positivement », raconte Fatma. Elle ajoute : « On s’est dit ce Trashtag Challenge est devenu un défi utile dont s’emparent de simples citoyens, partout dans le monde. Pourquoi pas nous ? 
On a donc créé le Trashtag Challenge Ouargla qui a débuté d’abord par des campagnes de nettoyage des lieux névralgiques de la ville. Le quartier de la Celisse était le premier ciblé. Puis le site d’El Hadjra (la pierre) à Souk Lahdjar. Un ramassage des ordures puis nettoyage à l’eau du site avec l’aide de volontaires et la contribution de l’ONA. Et c’est là où j’ai eu l’idée d’enjoliver les murs qui  donnent sur la place de la Rose de sable. J’ai donc publié un post sur Facebook et lancé le projet. Le groupe a été vite rassemblé et le travail s’est imposé sur terrain. De 5 membres à 30, en quelques jours, et la liste est ouverte ». « Le mouvement Trashtag Ouargla est réparti sur deux groupes. Un jour le premier groupe nettoie le lieu visé pour laisser ensuite le terrain au deuxième groupe pour passer aux pinceaux », a-t-elle expliqué. « On a donc programmé d’attaquer les rues et placettes principales de la ville et leur donner vie à travers des belles couleurs et de beaux dessins. Des symboles typiques, comme le fennec, le palmier et des visages et tout ce qui caractérise la région. On a débuté par des cotisations entre les membres mais, actuellement, on reçoit des aides et des soutiens de particuliers », souligne-t-elle. On est actuellement près de 30 bénévoles entre artistes et activistes, je compte Abdelbasset Aoufi et d’autres artistes locaux. « Le travail se concentre actuellement autour du tramway. Là où il y a des lieux qui peuvent être une matière, les opérations se poursuivront », conclut Fatma.   Anès Baâmeur, un étudiant de 26 ans est le deuxième maillon fort du stree-art Ouargla. « Cette campagne entre dans le cadre des mouvements juvéniles s’activant sous l’appellation « Naqi Bladek » (Nettoie ta ville). On a débuté avec 10 membres et voilà qu’au bout de quelques jours le groupe a doublé, voire triplé puisqu’on est à plus de 30 activistes actuellement », affirme Anès.

«Rana hna !» (On est là !), le nouveau challenge
Un nouveau défi lancé par les trashtageurs pour couvrir plus de lieux et répandre leurs actions pour l’embellissement des résidences universitaires, des façades tout au long de la trajectoire du tramway. Des sortants de l’Ecole nationale des beaux-arts d’Alger se sont rendus jeudi dernier à Ouargla pour une visite de connaissance et d’échanges. Les jeunes artistes s’activent dans le même objectif, donner un visage propre et joli aux murs et aux routes de Ouargla. Les trashtageurs se sont rassemblés dans un nouveau groupe appelé « Rana hna » (On est là) qui s’active sur tout le territoire national. Ils se dirigeront vers Djanet, wilaya d’Illizi, comme première destination dans le seul but de donner un visage propre et gai à nos villes. Ils essayent à travers ces mouvements jeunes et civiques à contribuer à la démocratisation de l’art,  la promotion de la citoyenneté et sensibiliser les jeunes à l’amour de l’environnement pour le bien du pays.