A l’initiative de l’Istitut français de Tlemcen et en partenariat avec le cinéclub « Derb Cinéma » animé par le pétillant Nadir Benhamed de « La Grande Maison », la salle répertoire de la cinémathèque Djamel Eddine Tchanderli(ex-Colisée) a abrité samedi une séance projection-débat du film documentaire français «Delphine et Carole Insoumuses» (2017), de Callisto MC Nulty, en présence de Nicole Fernandez Ferrer, coproductrice et déléguée générale du Centre audiovisuel Simone de Beauvoir. Ce film clôture la série cinématographique du mois d’avril dédiée au thème «Une œuvre, un combat ». Comme un voyage au coeur du «féminisme enchanté» des années 1970, le film, réalisé entièrement à partir d’images d’archives, relate la rencontre entre la comédienne franco-suisse Delphine Seyrig (1932-1990) et la vidéaste Carole Roussopoulos(1945-2009). Un portrait croisé des deux femmes artistes. L’image a révolutionné leurs vies et avec elles ont révolutionné la cause des femmes. Derrière leurs combats radicaux, menés caméra vidéo au poing, surgit un ton à part empreint d’humour, d’insolence et d’intransigeance. Un héritage précieux mis en image dans ce documentaire de Callisto Mc Nulty, petite-fille de Carole. Un hommage vibrant à l’amitié, au féminisme rigolard et à la vidéo comme vecteur d’émancipation, lit-on dans le synopsis. Quelques mois avant sa mort, en 2009, la vidéaste Carole Roussopoulos a souhaité faire le portrait documentaire de son amie et compañera féministe Delphine Seyrig. Un projet inachevé, repris par ses enfants Alexandra et Géronimo, et sa petite-fille Callisto, réalisatrice de ce documentaire.
Carole Roussopoulos fut la deuxième personne à acquérir une caméra vidéo en France après Jean-Luc Godard. Dans la foulée de mai 68 et des États généraux du cinéma, le cinéma d’intervention renaît de ses cendres, avec la volonté de filmer le réel sur le vif et d’agir sur les mouvements de lutte. « Dans ce contexte d’effervescence militante, des réalisatrices s’emparent dès la fin des années 60 des nouvelles ressources de la vidéo, avec les premières caméras Portapacks. Elles accompagnent ainsi l’histoire et les luttes des femmes et prennent en charge leur propre représentation.Un peu partout en France, les collectifs vidéos se multiplient, non institutionnalisés, fluctuants et fertiles comme Les Insoumuses, Le lézard du péril mauve et de la Guerrière pamplemousse, Video Out les Muses s’amusent ou Videa. Les premières vidéos féministes font éclater les cadres traditionnels, le cadre de l’image et le carcan du son adossé au commentaire. Delphine Seyrig comme Carole Roussopoulos, Ioana Wieder ou les femmes de Videa apportent leur touche singulière faite d’humour caustique, de questionnements politiques et d’engagement féministe », souligne Nicole Fernandez Ferrer. Le film a obtenu le Prix du public du meilleur long métrage documentaire au Festival International de Films de Femmes de Créteil(2019) et le Grand Prix de Genève au Festival du film et forum international sur les droits humains FIFDH (Mars, 2019).
Callisto MC Nulty a étudié la culture, la critique et la conservation au Central Saint Martins – Université des arts de Londres et en études du genre à Goldsmiths, à l’Université de Londres. Elle travaille en tant qu’auteur, cinéaste, traductrice et conservatrice. Delphine et Carole, insoumuses est son deuxième long métrage après le documentaire Eric’s Tape de 2017.