Le Cnapeste est l’une des organisations syndicales les plus représentatives dans le secteur de l’éducation. C’est le syndicat qui mobilise le plus dans les débrayages connus dans le secteur. Aujourd’hui inscrit dans la dynamique du mouvement populaire, son porte-parole revient sur les conditions des travailleurs et la lutte syndicale en Algérie.

Reporters : Comment se porte la lutte syndicale aujourd’hui ?
Messaoud Boudiba : Le travail syndical est actuellement en train de lutter pour prouver son existence dans le cadre de la concrétisation d’un état de droit et de libertés collective, individuelle et syndicale. Nous avons subi et nous continuons à subir des pressions et des intimidations au quotidien. Exercer son droit syndical est aujourd’hui un véritable parcours de combattant miné d’entraves, mais cela ne peut nous décourager.

Pouvez-vous nous parler de la condition actuelle des travailleurs ?
Les travailleurs font aujourd’hui face à une situation très difficile compte tenu de la dégradation des conditions de travail, la baisse du pouvoir d’achat et la limitation des ressources sociales.
Nous avons aussi subi de nombreuses lois abusives qui ont porté atteinte aux acquis des travailleurs à l’instar de la réforme de la retraite. Le système en place a mis en place des lois qui ont remis en question les droits des travailleurs et cela pour mettre en place un monstrueux système capitaliste. Cela a été mené par une bande bien structurée et dont le patronat est l’un des principaux visages.

Comment expliquez-vous les rapports qu’entretient l’Union générale des travailleurs algériens (UGTA) avec le patronat?
L’UGTA a été instrumentalisée par le pouvoir pour porter atteinte aux droits des travailleurs, mais aussi la destruction des institutions publiques. Cela ne peut être sans conséquences, la preuve, cette centrale syndicale s’est complétement discréditée au fil des années. Elle n’a jamais défendu les véritables intérêts des travailleurs, c’est d’ailleurs pour cela qu’il y a eu ce soulèvement récemment. Les syndicalistes ont enfin pris conscience de la nécessité de mener une véritable purge au sein de cette centrale syndicale qui doit se réconcilier avec sa véritable vocation.

Qu’en est-il de la confédération des syndicats algériens ?
Le Cnapeste est l’un des membres fondateurs de la confédération des syndicats algériens qui se veut une centrale syndicale autonome. Après un premier refus d’enregistrement essuyé de la part de l’ancien ministre du Travail Mourad Zemali, nous avons déposé le dossier de la CSA au niveau du ministère du Travail il y a un mois de cela. Même si nous n’avions pas encore reçu le bon d’enregistrement, la loi stipule qu’après un mois de dépôt du dossier, l’organisation est en droit d’exercer et c’est ce qu’elle fait actuellement.

Seriez-vous prêts à collaborer avec l’UGTA si des changements sont opérés à son niveau ?
Nous sommes adeptes du principe de la pluralité. C’est pour cela que nous n’écartons pas l’éventualité de travailler en collaboration avec l’UGTA une fois que les choses seront revenues aux normes et cela pour défendre ensemble les intérêts des travailleurs. Nous sommes contre l’UGTA de Sidi Said pas celle des travailleurs.
Vous êtes très impliqués dans le mouvement populaire, qu’elles sont vos attentes ?
Les travailleurs sont impliqués en force dans le mouvement populaire pacifique et cela pour aller vers un état démocratique social qui garantit les libertés collectives et individuelles avec des institutions légitimes et fortes et une justice indépendante.
Nous avons mis en veilleuse nos revendications relatives à la réforme de la retraite et de la loi du travail et cela pour nous consacrer entièrement au mouvement populaire pour la construction d’une Algérie nouvelle. Nous avons subi beaucoup d’injustice et nos droits ont été bafoués, c’est pour cela que nous pouvons qu’être enthousiastes pour un éventuel changement.