La Cour des comptes met les pieds dans le plat et s’invite dans le débat sur la pertinence du choix de la planche à billets comme moyen de financement. Selon son président, Abdelkader Benmaârouf, dont la voix semble se délier, la Cour des comptes envisage d’examiner l’impact du recours au financement non conventionnel sur le déficit budgétaire dans le cadre de l’examen du projet de loi portant règlement budgétaire 2017.

Dans une déclaration à l’APS, Abdelkader Benmaârouf a affirmé que la Cour des comptes mènerait également une étude pour examiner l’impact de ce mode de financement sur la dette intérieure et évaluerait au titre de cette révision l’efficacité du financement non conventionnel.
La polémique enfle depuis la publication, par la Banque d’Algérie, d’une note dans laquelle elle critiquait l’option de la planche à billets, remettant en cause les conseils des experts ayant recommandé au gouvernement Sellal d’opter pour le financement non conventionnel. Cette option a été validée par la suite lors d’un Conseil des ministres, daté de septembre 2017, avant qu’elle ne soit présentée par le gouvernement Ouyahia et validée par le Parlement en octobre de la même année. Cette option, faut-il le rappeler, avait soulevé un tollé général parmi les économistes et les experts, y voyant un choix à risque à moyen terme, voire une option génératrice de poussées inflationnistes souvent incontrôlables. Le président de la Cour des comptes a indiqué que son institution était en droit de contrôler l’effet du financement non conventionnel, fustigé par les experts, qui émettent des appréhensions quant à ses répercussions sur la valeur du dinar, estimant que la dépréciation du dinar était due à plusieurs autres facteurs liés essentiellement à l’attractivité de la monnaie et la puissance de l’économie. La polémique sur l’option de la planche à billets n’est pas près de s’estomper. Il faut s’attendre à d’autres rebondissements au fur et à mesure que l’on avance dans le temps et les tensions inflationnistes tant redoutées viennent toquer au portail. Les quantités de monnaie créées jusqu’ici laissent craindre un effet de retour de manivelle, alors que les recommandations des experts mis en cause par la Banque d’Algérie, dans sa fameuse lettre, ont conseillé des niveaux de tirage loin de ce qui est jusqu’ici produit.
Plus de 6 500 milliards de dinars ont été produits à fin janvier 2019, ce qui fait craindre une rupture de la digue inflationniste, alors que les alternatives semblent être quasi-inexistantes. Par ailleurs, à une question invoquant certains sujets de l’heure, dont la dilapidation des deniers publics par certains établissements économiques publics, le président de la Cour des comptes a souligné que cette institution contribuait grandement à réduire la dilapidation des deniers publics, à travers les rapports annuels élaborés dans le cadre du contrôle de la gestion de l’argent public. La lutte contre la dilapidation compte parmi les principales prérogatives de la Cour, a-t-il fait savoir, expliquant ce phénomène par l’infructuosité de certains projets programmés. L’évaluation des projets à la phase de maturation et les études d’efficacité et celles techniques sont «mauvaises » dans certains cas. Face à cette situation, les entreprises chargées de l’exécution du projet sont confrontées à d’autres besoins et conditions lors du lancement du projet, d’où la dilapidation des deniers publics, a-t-il observé.
Ajoutant que « des efforts colossaux sont consentis actuellement par les établissements publics pour améliorer les études de projets ». Le président de la Cour des comptes a plaidé à cet effet pour l’amélioration des systèmes de contrôle internes auprès des administrations publiques, des banques, établissements publics économiques, notant que le contrôleur financier avait la pleine liberté d’élaborer des rapports sans avoir à subir de pressions de la part du directeur d’administration. L’on comprend que les magistrats financiers entendent reprendre du poil de la bête, tant il est vrai que la conjoncture s’y prête et que le vent tourne désormais en faveur de la tolérance zéro contre toute forme de dilapidation des derniers publics.<