Paralysant de nombreuses universités à l’échelle nationale, les étudiants dont la majorité s’est déclarée en grève depuis près d’un mois, en soutien au mouvement populaire, sont aujourd’hui partagés entre deux camps. Le premier s’accroche à l’option de grève illimitée, quant au second, il a appelé à une grève partielle afin d’éviter l’année blanche dont le spectre plane déjà sur l’université algérienne. Organisés en comités indépendants, des étudiants de nombreuses universités, à l’instar de l’université Youcef-Benkhedda Alger 1, ont décidé, et suite à une assemblée générale, de se contenter d’une seule journée de grève par semaine tout en maintenant la marche hebdomadaire du mardi. « Le principe de la grève partielle dans notre université est d’organiser une journée de grève changeante, pour cette semaine, il s’agira du lundi. Cette journée sera consacrée à la sensibilisation par une conférence et un débat entre universitaires », rapporte le communiqué du comité autonome des étudiant de l’université d’Alger 1. Quant à la faculté de droits de Saïd-Hamdine ainsi que celle de médecine, les étudiants refusent toujours de reprendre les cours et préfèrent se consacrer entièrement au mouvement populaire. Pour le Conseil national des enseignants du supérieur (Cnes) aile Abdelmalek Azzi, il a indiqué que seuls les étudiants sont en grève et que les enseignants sont toujours en poste. « Aucun enseignant n’est en grève, il s’agit d’une partie des étudiants qui se sont organisés en comités indépendants et qui ont décidé d’initier une action de protestation. Il y a des universités qui sont complètement paralysées et d’autres le sont partiellement », a déclaré Abdelmalek Azzi qui a préféré ne pas interférer dans les choix des étudiants qu’il considère comme « majeurs et responsables ».
Pour sa part, le Cnes Abdelhafid Milat n’a pas manqué de dire sa préoccupation quant au devenir de l’année universitaire, qu’il considère comme sérieusement menacée. « Nous avons, dès le début, condamné le recours à la grève de la part des étudiants, on peut soutenir le mouvement populaire sans pour autant sacrifier son année.
C’est pour cela, d’ailleurs, que nous avons lancé une large opération de sensibilisation auprès des étudiants pour qu’ils reprennent le chemin des amphis. Même si certains sont revenus à la raison, d’autres sont aujourd’hui manipulés à des fins obscures », a déploré Milat. Hier encore, à l’université de Constantine, des étudiants ont carrément empêché leurs camardes de passer les examens de rattrapage, ce qui n’a pas manqué de provoquer la colère du Cnes, qui a condamné ce dérapage. « La situation est plus qu’alarmante, les enseignants devraient prendre leurs responsabilités et inciter les étudiants à reprendre les cours et ne pas les observer rater leur année, comme cela est le cas dans de nombreuses facultés », a-t-il regretté. Du côté des étudiants, nombre d’entre eux ont affirmé que la mobilisation n’est plus aussi importante qu’elle l’a été au début du Hirak.
« Il y a eu une véritable cassure, nous sommes vraiment divisés entre ceux qui veulent maintenir la grève et ceux qui ont repris les cours », a indiqué la jeune Manel, étudiante en droit. Un avis partagé par Yacine, étudiant en droit, qui a relevé le mauvais encadrement du mouvement des étudiants. « Nous ne sommes plus aussi organisés qu’avant, chaque université décide indépendamment de la suite du mouvement et cela va à l’encontre de la volonté de tous, car l’unité fait la force », a-t-il dit.