Après le tweet de Donald Trump, posté vendredi, invitant l’Arabie saoudite et certains autres membres de l’Opep à augmenter les flux du brut pour compenser la défection de l’Iran, c’est au tour du président russe, Vladimir Poutine, de mettre son grain de sel dans cet échange entre Donald Trump et son allié saoudien.

par Hakim Ould Mohamed
Interrogé, à Pékin (Chine), sur le fait que l’Arabie saoudite allait compenser la probable baisse d’offre de pétrole, suite aux sanctions américaines contre l’Iran, sur le marché mondial, Vladimir Poutine a déclaré qu’il espérait que cela ne se produirait pas et a indiqué que les membres
de l’Opep et leurs partenaires non-Opep, devaient respecter l’accord Opep+.
Une manière à lui de dire que si l’Arabie saoudite venait à acquiescer au vœu du président américain, cela serait contraire aux termes de l’accord conclu le 7 décembre 2018, qui oblige l’Opep et ses alliés à réduire leur production à raison de 800 000 barils par jour pour les pays de l’Opep et 400 000 barils/jour pour leurs alliés non-Opep. Pour le moment, admet le président russe, les producteurs fédérés sous la coupe du groupe appelé Opep +, dont l’Arabie saoudite, respectent les termes de l’accord sur la limitation de la production de pétrole.
«Nous avons des accords au sein de l’Opep. Nous respectons nos accords et nous n’avons aucune nouvelle, aucune information de la part de nos partenaires saoudiens et des autres membres de l’Opep sur leur prédisposition à résilier ces accords», a déclaré Vladimir Poutine aux journalistes, hier, à Pékin. C’est la réponse du berger à la bergère. Vladimir Poutine considère ainsi qu’une réponse favorable au vœu de Donald Trump est synonyme d’une résiliation pure et simple des accords conclus entre l’Opep et ses partenaires le 7 décembre dernier à Vienne. Vendredi, le président américain, Donald Trump, a déclaré que «l’Arabie saoudite et d’autres» pays étaient d’accord pour augmenter leur production de pétrole, à quelques jours d’un durcissement des sanctions américaines contre le pétrole iranien.
«Parlé à l’Arabie saoudite et d’autres au sujet des augmentations de flux de pétrole. Tous sont d’accord», a tweeté le président américain. Il avait déjà, quelques heures plus tôt, fait plonger les cours en déclarant devant des journalistes que «les prix de l’essence sont en train de baisser.
J’ai appelé l’Opep et leur ai dit, ‘vous devez les faire baisser’». Les Etats-Unis ont décidé de durcir leurs sanctions contre l’Iran, en mettant fin aux dérogations dont bénéficient huit pays, autorisés le 5 novembre dernier, par l’administration Trump, à continuer à acheter le brut iranien. Ces dérogations expirent le 2 mai et la Chine, l’Inde, le Japon, la Corée du Sud, l’Italie, la Grèce, la Turquie et Taiwan sont désormais confrontés à la perspective de devoir trouver d’autres sources d’approvisionnement. Pour l’heure, il est plutôt difficile de prévoir ce qui se passera sur le marché du pétrole en mai lorsque les dérogations expireront, a déclaré Vladimir Poutine. Il a indiqué ne pas avoir discuté de cette question avec le président chinois Xi Jinping, ajoutant que la Russie était prête à répondre à la demande chinoise de pétrole. «Nous pouvons produire encore plus», a déclaré Vladimir Poutine. «Nous avons un potentiel colossal, mais ce n’est pas une question de potentiel, c’est le fait que nous avons des accords avec l’Opep qui nous obligent à respecter un certain niveau de production.» Selon le président russe, il est peu probable que l’Arabie saoudite abandonne le pacte Opep+ avant la fin du mois de juin, soulignant que la Russie a adhéré à la coopération Opep+ car une «politique de prix coordonnée» était nécessaire sur le marché.
Sur sa lancée, le dirigeant russe a émis l’espoir que l’Iran puisse continuer à exporter son pétrole en dépit des efforts des Etats-Unis pour l’en empêcher dans le cadre d’un rétablissement des sanctions décidées par Washington.<