Directement mise en cause par le mouvement de grève observé par les étudiants de l’Institut supérieur des métiers des arts du spectacle (Ismas) de Bordj El Kiffan, depuis le début du mois d’avril, la directrice de cet établissement, Fouzia Akkak, à la tête de cet institut depuis 2015, répond dans cet entretien aux trois points « principaux » mis en avant par les étudiants : la question des diplômes, l’ouverture des postes de Master, mais aussi la demande de son départ du poste de directrice.
Entretien réalisé par Khaled Zeghmi

Reporters : Tout d’abord, comment avez-vous appris le mouvement de grève des étudiants et comment le voyez-vous ?
Fouzia Akkak : La décision de lancer cette grève a été prise alors que j’étais en séjour scientifique (du 7 au 13 avril dernier). On m’en a informé le 9 avril dernier et à ce moment je n’étais pas en Algérie. Quant à mon sentiment concernant cette grève, je rappelle tout d’abord que l’Ismas compte 105 étudiants, et je constate que ce n’est qu’une minorité qui dirige ce mouvement. Mais, bien sûr, j’ai conscience que chaque personne qui suit cette grève a ses raisons. Cependant, il est difficile de dire si chaque étudiant est réellement en accord ou opposé à sa poursuite. Mais comme je vous l’ai dit, pour moi, il est clair que cette grève est dirigée par un petit groupe.
Quels sont les mécanismes de dialogue entre les étudiants et la direction de l’institut ?
La direction a toujours reçu les étudiants et continue de le faire à chaque jour. Je suis sur place et, souvent, dès 8 heures du matin et jusqu’à minuit. Quant aux étudiants, ils sont structurés par un «bureau des étudiants» avec lequel j’ai des réunions à chaque fois que cela est nécessaire.
Une fois la grève lancée et les revendications des étudiants émises, quelle a été votre réaction ?
Avant de répondre à votre question, j’estime que la moindre des choses, et par respect pour le travail que j’ai accompli depuis 2015, marqué entre autres par la mise en place du système LMD, les étudiants auraient dû attendre mon retour. Nous aurions pu discuter de toutes ces questions. Par ailleurs, j’ai la conviction que ces étudiants sont poussés – au moins en partie – par d’autres personnes, notamment par un enseignant de l’Ismas. Cet enseignant n’avait pas respecté le règlement intérieur et j’avais été contrainte de le faire passer en conseil de discipline.
Les étudiants ont émis trois revendications principales : la question de l’obtention des diplômes définitifs, l’ouverture des masters et votre départ…
Concernant le premier point, la question des diplômes et au-delà de l’obtention des diplômes définitifs, je le dis et le répète ce n’est qu’une question de temps. Il est inimaginable qu’en tant que directrice je puisse lancer des spécialités sans l’accord de la tutelle, qui sont les ministères de la Culture et de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique ; cela serait même interdit du point de vue du droit. Le canevas des formations de chacune des cinq spécialités de l’Ismas ont reçu les accords des ministères. Cela veut donc dire que les diplômes provisoires signés par l’Ismas sont reconnus ; quant aux diplômes définitifs de nos anciens étudiants, les dossiers ont été transmis au ministère de l’Enseignement supérieur, peut-être qu’il y a eu un retard à leur niveau, mais cela ne veut pas dire qu’il y a un rejet de leur part. Pour ce qui est du master, la tutelle m’a confirmé à plusieurs occasions, notamment par un document émis en 2018, que l’Ismas était autorisé à ouvrir des postes de master. Cependant, l’arrêté interministériel doit encore être publié au Journal Officiel et je vous annonce qu’une réunion en ce sens a eu lieu dimanche dernier (21 avril). Encore une fois, c’est une question de procédure. Ce qui est déjà prévu est l’ouverture de master durant le mois d’août prochain, et avec trois spécialités : direction photo, critique théâtrale et mise en scène. A propos de la demande de mon départ, sur ce point et comme je vous l’ai dit, j’estime qu’il s’agit d’une sorte de «vengeance» d’un enseignant qui a eu des problèmes avec le règlement intérieur de l’institut, plusieurs éléments me font penser cela. Ce n’est pas un différend personnel, mais j’ai dû appliquer le règlement. Par ailleurs, cela ne remet pas en cause les revendications fondées des étudiants ; je suis toujours prête à dialoguer avec eux à propos de toute question d’ordre pédagogique. Tout point qui peut susciter un doute auprès des étudiants doit être expliqué.
Les étudiants peuvent-ils espérer obtenir leurs diplômes rapidement ?
Nous avons envoyé les dossiers des diplômes au ministère de l’Enseignement supérieur au mois de novembre 2018 et l’accusé de réception fait foi. Ensuite, et sans remettre en question les contraintes que peut avoir le ministère, nous avons quand même envoyé un rappel écrit au ministère de la Culture en février dernier. Maintenant, tout est une question de temps. D’un autre côté, les diplômes provisoires qu’ils ont déjà sont tout à fait reconnus par la Fonction publique, et même à l’étranger. Grâce à cela des étudiants ont réussi à s’inscrire pour poursuivre des formations à l’étranger.
Des étudiants ont également mis en avant d’autres questions, notamment les mauvaises conditions d’hébergement…
J’invite toute personne concernée à venir constater d’elle-même les conditions d’hébergement et de restauration. La seule chose que je dirais est que les conditions à l’Ismas sont meilleures qu’ailleurs. Par ailleurs, j’aimerais apporter un éclaircissement sur la question de la double tutelle de l’institut, parfois cela est avancé comme étant un problème. Cela n’en n’est certainement pas un et, franchement, je ne comprends d’ailleurs pas où se trouve le problème. Les étudiants qui se sont inscrit à l’Ismas l’on fait en connaissance de cause. On fait le choix de rejoindre un institut chapeauté par deux ministères. C’est le cas pour plusieurs écoles ou instituts sous la tutelle d’autres secteurs ministériels.n