Beaucoup de difficultés restent à résoudre en Libye avant que le processus de stabilisation de ce pays, en proie au chaos depuis 2011, puisse reprendre avec quelque chance de réussite. L’envoyé spécial des Nations unies pour la Libye, Ghassan Salamé, n’a pas caché, hier, cette vérité, indiquant que tout était prêt pour la conférence nationale, prévue à la mi-avril et censée préparer le terrain à des élections en Libye, avant que le maréchal Khalifa Haftar ne lance son offensive contre la capitale Tripoli.
«J’espère que les contacts que nous avons rétablis avec les deux belligérants puissent porter leurs fruits avant le début du Ramadhan», a néanmoins déclaré M. Salamé à Rome, lors d’un point de presse à l’issue d’une rencontre avec le ministre italien des Affaires étrangères, Enzo Moavero Milanesi.
Cette conférence est aujourd’hui «en suspens» et a besoin d’un «fort soutien de la part de la communauté internationale», a-t-il indiqué. Or, a-t-il déploré, cette communauté est divisée, notamment au niveau du Conseil de sécurité de l’ONU, qui n’est pas parvenu à se mettre d’accord sur un projet de résolution sur la Libye. «Je suis autant préoccupé par les combats sur le terrain que par les divisions de la communauté internationale», a déclaré le représentant de l’ONU, alors que, sur le terrain, les combats violents se poursuivent près de trois semaines après le début de l’offensive de Khalifa Haftar contre Tripoli, siège du gouvernement reconnu par la communauté internationale. Le dernier bilan, publié hier par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en Libye, fait état de plus de 270 personnes tuées et
1 282 autres blessées lors d’affrontements dans les banlieues de la capitale libyenne Tripoli. Par ailleurs, plus de 30 000 personnes ont été contraintes de quitter leur domicile à la suite d’affrontements à Tripoli, a ajouté l’OMS, soulignant que des agents de l’Organisation suivaient les activités des centres médicaux chargés de fournir du soutien aux personnes déplacées. Face aux dégâts humains, l’OMS a appelé toutes les parties à la cessation des hostilités et à respecter le droit international humanitaire.
Pour rappel, les Nations unies, l’Union européenne et de nombreux autres pays ont condamné l’action armée des troupes de Haftar et l’ont considérée comme une atteinte à tous les efforts déployés pour parvenir à une solution politique en Libye. Interrogé par des journalistes italiens sur une éventuelle nouvelle vague de migrants en provenance de Libye,
M. Salamé a appelé au calme, soulignant que les chiffres étaient les mêmes et que seule une petite minorité des 700 000 étrangers répertoriés en Libye souhaitait traverser la Méditerranée. «Arrêtez d’être obsédés par les centres de détention (pour migrants)», a-t-il aussi lancé. L’adjointe de M. Salamé, Maria do Valle Ribeiro, a pourtant déclaré récemment être «préoccupée» par le sort des «migrants, réfugiés et demandeurs d’asile» présents en Libye, dont «3 600 se trouvent dans des centres de détention dans certaines zones proches des lignes du front». Le nombre de nouveaux arrivants en Libye n’a, de plus, «rien à voir» avec les années précédentes, a encore souligné M. Salamé. «Les flux de migrants en provenance d’Afrique de l’Ouest sont presque nuls», a-t-il affirmé.