Intervenant sur les ondes de la Radio nationale, l’ancien ministre Abdelaziz Rahabi a estimé que la transition, que le pouvoir veut mettre en place pour répondre aux revendications du mouvement populaire, risque d’être un échec en raison d’un réel décalage entre les aspirations de ce dernier et les solutions proposées par le pouvoir. «Il y a un véritable problème. Il y a un décalage entre le peuple, qui a pris conscience et qui est entré dans la transition démocratique, et les tenants du pouvoir avec de fausses propositions, des demi-mesures», a-t-il souligné. «Il n’y a pas eu une seule transition au monde organisée par l’ancienne équipe au pouvoir. C’est une transition algérienne qui n’a aucune chance d’aboutir, encore moins l’élection présidentielle prévue le 4 juillet», ajoutera-t-il. Tout en saluant la conscience politique des Algériens, dont l’ensemble des revendications est à caractère politique, M. Rahabi a déploré l’entêtement du pouvoir qui tente d’étouffer le mouvement populaire. «Ce qui est permanent dans la réaction du gouvernement, c’est cette tentative d’affaiblir la mobilisation, notamment à travers les faux débats relayés par les médias. Un Etat sérieux aurait pris cette mobilisation comme principal moteur pour réussir le changement», a-t-il estimé. Concernant le retour à la voie constitutionnelle, le diplomate a déclaré que l’article 102 a permis de régler le problème de la forme, mais il est «insuffisant si il n’est pas adossé à une solution politique consensuelle». Pour ce qui est de l’application des articles 7 et 8, dont le mouvement populaire a demandé l’application, Rahabi le qualifie de faux débat. «Je refuse de rentrer dans ce faux débat. Ceci nous fait perdre beaucoup de temps. Tout le monde se réfère à la Constitution alors que personne ne l’a fait depuis 20 ans», a-t-il déploré. Plus encore, pour Rahabi c’est la loi qui doit être au service du peuple et non pas le contraire. «C’est la Constitution qui doit être au service des Algériens et non pas le contraire. Nous sommes otages du 102 qui bloque toute initiative, effort de discussion et de recherche de solution négociée», a-t-il dit. Il a souligné l’urgence d’accélérer le processus de transition pour mettre un terme à la crise politique que traverse le pays, un processus englobant à la fois le gouvernement, le commandement de l’Armée et l’opposition. «Nous avons tous des offres pour sortir de cette impasse politique émanant du pouvoir, du commandement de l’Armée, de l’opposition et de l’élite. Il faut voir comment faire converger tout cela et faire asseoir tout ce monde autour d’une table», a déclaré Rahabi, tout en mettant en garde contre la persistance de cette impasse en l’absence de perspectives. Dans ce sens, il a regretté l’inexistence d’offres de dialogue de la part du pouvoir. «Jusqu’à maintenant, il n’y pas eu une seule offre de dialogue sérieuse proposant un agenda, des conditions et des modalités pour sortir le pays de l’impasse», a-t-il dit.<