Malgré le fiasco et leur rejet par toute la classe politique, les travaux de la réunion de concertation et de dialogue, initiée par le chef de l’Etat intérimaire Abdelkader Bensalah, se sont poursuivis lundi jusqu’à terme. Les participants, inconnus sur la scène nationale, ont conclu à l’impératif de «préserver le processus constitutionnel et électoral et son accompagnement par des mesures d’apaisement en direction de l’opinion publique». Le document sanctionnant les travaux de cette rencontre précise que l’instance indépendante d’organisation de l’élection présidentielle sera dotée de «larges prérogatives» et appuyée par «une loi organique en adéquation avec les compétences constitutionnelles». Il est, en effet, paradoxal que les rédacteurs de la déclaration finale annoncent de telles décisions au moment où le peuple dans toute sa composante rejette la feuille de route du pouvoir, annoncée par Bensalah. Ce dernier, contesté, compte quand même poursuivre les consultations contre vents et marées. Selon Habba El-Okbi, secrétaire général de la Présidence, les consultations lancées par le chef de l’Etat avec les partis politiques et les personnalités nationales «se poursuivront» jusqu’à l’élection présidentielle qui «se tiendra dans les délais constitutionnels», c’est-à-dire le 4 juillet prochain. Une déclaration qui risque d’être interprétée par le peuple comme une provocation. Sinon, comment un chef de l’Etat, décrié par les Algériens, peut-il envisager de continuer à rencontrer des partis et personnalités après le fiasco de la réunion de lundi que lui-même a boycotté ? Même le canal de dialogue avec les partis de l’opposition et autres personnalités qui ne sont pas rejetés par les foules est rompu.
Puisque toutes les formations politiques lui ont tourné le dos. FFS, RCD, Talaie El Hourriyet, MSP, El Adala et PT ont rejeté son invitation. Même les partis du pouvoir, MPA et TAJ lui ont dit «non».
Meubler le vide
Mais avec qui Bensalah entend poursuivre ses consultations ? Pour combler le vide, le chef de l’Etat a reçu le président de l’ANR, Belkacem Sahli, qui avait participé la veille à la réunion tenue au Palais des nations. Ce dernier a estimé «nécessaire» d’évacuer la revendication sur le départ du chef de l’Etat. Dans un communiqué, l’ANR explique avoir participé à cette démarche de concertations «pour contribuer à trouver des solutions logiques à la crise».
Mais de l’avis de tous les observateurs et partis de l’opposition, ce processus ne peut constituer une issue à la crise.
L’ancien diplomate Abdelaziz Rahabi a estimé que «l’échec de la conférence entraînera davantage de désobéissance civile». Ali Benflis, président de Talaie El Hourriyet, a, pour sa part, soutenu que «notre pays vit une situation si grave qu’il méritait qu’on lui épargne cette épreuve provocatrice et humiliante de prétendues consultations autour de la constitution d’une instance chargée des élections».
Le soutien
de Gaïd Salah
Lakhdar Benkhallef, du FJD, a, quant à lui, estimé que cette réunion a montré à quel point Bensalah est rejeté et par les partis politiques, la société civile et le peuple. «Le chef de l’Etat doit démissionner de son poste comme le veut le peuple», a estimé le député. Pour le PST, qui considère le système et ses institutions actuelles, notamment la présidence intérimaire de M. Bensalah, «illégitimes», toutes les décisions prises par ces institutions dont l’organisation d’une élection présidentielle le 4 juillet prochain, sont «rejetées». En tout cas, avec tous ces rejets, il serait difficile pour le chef de l’Etat contesté de résister encore longtemps.
Ceci, bien qu’il soit soutenu par le chef d’état-major de l’Armée. Ahmed Gaïd Salah a critiqué, hier, depuis Blida, «l’entêtement et l’acharnement» de certains «à maintenir les mêmes positions préétablies sans tenir compte de tout ce qui a été réalisé», et leur obstination à rejeter toutes les initiatives et démarches, «y compris l’initiative de dialogue qui est censée être un des mécanismes civilisés qu’il y a lieu de valoriser, notamment dans ces circonstances particulières que vit notre pays». Une déclaration qui renforce donc la feuille de route de Bensalah pour le règlement de la crise.<