Le cinéclub «Cinuvers» donne rendez-vous au grand public, ce jeudi 25 avril dès 18 heures, à la Cinémathèque algérienne pour une projection spéciale du documentaire, « Fragment de rêves», incarnant le souffle de la liberté et du débat citoyen, en présence de la réalisatrice Bahia Bencheikh El Fegoune. La projection sera suivie par un débat avec la réalisatrice, mais également l’intervention de jeunes acteurs de la société civile qui œuvrent pour  la construction d’une Algérie meilleure dans l’esprit des valeurs citoyennes, à l’instar des représentants du groupe «Les brassard verts» ou du groupe «Sa9si». 

La projection du film, demain, est un véritable événement tant cinématographique que de la reconquête de l’espace de la liberté d’expression dans le septième art algérien. En effet, le documentaire avait été interdit, en septembre dernier, par la commission de lecture affiliée au ministère de la Culture, lorsqu’il était programmé à la clôture de la 16e édition des Rencontres cinématographique de Béjaïa (RCB). Cette interdiction de la commission (dont le nouveau directeur de la Cinémathèque, Salim Aggar en faisait partie), avait fait couler beaucoup d’encre, d’autant plus que cela avait amené l’association «Project’heurts» à suspendre l’organisation des RCB pour s’insurger contre cette censure. C’est grâce au souffle de liberté insufflé par le mouvement de protestation populaire, depuis le 22 février, que l’association a enfin réussi à projeter le film récemment à la Cinémathèque de Béjaïa en présence de la réalisatrice dans une ambiance forte d’émotions. Ce jeudi, c’est au tour de la Cinémathèque algérienne, avec la réponse positive du directeur Salim Aggar, d’accueillir cette projection grâce à l’initiative du cinéclub «Cinuvers». Les membres de ce cinéclub oeuvrent depuis des années  à créer  un véritable carrefour d’échanges culturels et de débat et réussissent à poursuivre leurs actions culturelles malgré les multiples embûches rencontrées sur leur chemin. Ceci  par fidélité à la conviction profonde du collectif  du rôle de la culture, en général, et du cinéma, en particulier, de  participer à la construction d’une société ouverte vers l’autre dans le respect des différences de chacun pour faire ressortir ce qu’il y a de meilleur en chaque personne qui croit que l’on peut faire avancer les choses chacun dans ses compétences.  Au sujet de cette projection, Nabil Aït Saïd, co-fondateur avec Redouane Madani du cinéclub «Cinuvers», nous confie que «cet événement a toute une symbolique pour nous et ceci à plusieurs échelles. Déjà vis-à-vis de la liberté d’expression, d’une part, et en toute franchise, un documentaire comme celui-là privé de chance d’être vu dans son pays d’origine, d’autre part, c’est vraiment du gâchis».
Construire l’Algérie à travers des actions citoyennes  
Dans la présentation  de l’événement de ce jeudi, qui  «ne sera pas une simple projection», les organisateurs invitent aussi les participants à faire connaissance avec le collectif des «Brassards Verts », un groupe créé par Badra Hafiane, journaliste et réalisatrice. Au départ, il y a eu un premier groupe senior constitué d’artistes et de gens du cinéma et d’un deuxième groupe constitué d’étudiants. Les Brassard Verts qui marquent leur présence depuis, opèrent sans relâche sur le terrain depuis le 3e vendredi des manifestations. Il a pour but «d’aider, de soigner et nettoyer après les marches, et tout faire pour que le citoyen se sente confiant et en sécurité », souligne-t-on. Dans le même esprit d’action citoyenne, la projection sera aussi l’occasion de découvrir  les représentants d’une initiative qui utilise la Toile et les réseaux sociaux pour créer de véritables espaces de débats et d’échange d’opinion. «Sa9si »  se veut ainsi «un espace d’échanges et de partage d’idées par l’instauration de discussions sous forme de débats dans le cadre du respect d’autrui, de la tolérance et l’ouverture d’esprit permettant ainsi à toute personne de présenter ses idées, son point de vue de manière spontanée et sans préjugés». Dès lors «Sa9si » se veut aussi un espace qui permet «l’épanouissement intellectuel de ses abonnés en les poussant toujours à aller plus loin et ainsi à voir au-delà des barrières imposées à l’esprit ». Nabil Aït Saïd souligne, à propos de la participation des différents intervenants, invités à l’occasion de la projection de «Fragment de rêves », que «nous allons aussi profiter de cet événement pour mettre la lumière sur différentes initiatives dans des horizons différents.
Le point commun entre tous, c’est que nous avons tous eu des malencontreuses mésaventures dans le passé dans nos domaines respectifs. Mais ce genre d’événement est là pour apprendre la leçon du passé pour mieux construire notre avenir». Il conclut, conscient  des enjeux de l’avenir de l’Algérie : «Il reste beaucoup de travail mais nous sommes tous prêts à mettre la main à la pâte ! »n