Pour la neuvième marche des étudiants, hier à Alger et à travers de nombreuses villes du pays, une forte mobilisation a été relevée. En effet, alors que l’Université algérienne est quasi paralysée par une grève enclenchée en soutien au mouvement populaire, les étudiants sont sortis hier par milliers pour dire leur rejet du pouvoir et réclamer pour la énième fois le départ de tous les symboles du système.

A Alger, des centaines d’étudiants ont répondu présent à l’appel. Rassemblé au niveau de la Grande-Poste et la place Maurice-Audin, ils ont scandés en chœur « Silmia Silmia, nos revendications sont légitimes » et « Y’en a marre de ce pouvoir ». Brandissant des banderoles géantes sur lesquelles on pouvait lire des messages hostiles au pouvoir, ils ont aussi réclamé justice pour l’étudiant Assil, assassiné le 12 février dernier dans sa chambre de la résidence universitaire. Les contestataires ont appelé à « juger les responsables de la corruption et de la dilapidation des ressources nationales », scandant « Armée-peuple… frères » et « Le pays n’est pas un hôtel qu’on quitte lorsque le service est moins bien ». Le sit-in a été marqué, en outre, par la constitution de plusieurs groupes d’étudiants chargés de prodiguer les premiers soins, l’organisation du trafic routier et le nettoyage des lieux après la manifestation.
Alors que les forces de l’ordre étaient en retrait durant la matinée, la situation s’est un peu corsée en fin d’après-midi, lorsque des étudiants ont tenté d’avancer au-delà de la Grande-Poste. Ils ont été dispersés par les forces anti-émeutes présentes en surnombre. L’icône de la Révolution nationale la moudjahida Djamila Bouhired, présente sur les lieux, est venue à son tour apporter son soutien aux étudiants et au Hirak. Malgré son âge, elle n’a pas hésité à s’interposer entre les forces de l’ordre et les étudiants pour éviter la confrontation.
L’heure était aussi à la protestation dans de nombreuses régions du pays, notamment à Béjaïa où les étudiants sont sortis par centaines revendiquer leurs droits à une véritable démocratie. A Bouira, ils étaient aussi au rendez-vous. Ils ont effectué une marche imposante face à une présence sécuritaire renforcée. En plus de scander des slogans hostiles au pouvoir, les étudiants, actualité oblige, ont appelé à une justice indépendante et contre toute instrumentalisation du mouvement populaire. A Mostaganem, les étudiants ont organisé un rassemblement à l’université. « Pour une Algérie démocratique et pour un Etat de droit », lit-on sur l’une des banderoles brandies par les manifestants.
De leur côté, les étudiants de l’université Mouloud-Mammeri de Tizi Ouzou ont été, encore une fois, nombreux à se mobiliser dans une ambiance joyeuse et animée d’une détermination à poursuivre les objectifs de la révolution citoyenne.
Les étudiants ont repris les mêmes slogans et les mêmes pancartes où ils invitent tous les hommes et les partis qui ont soutenu le régime et qui ont fait allégeance à Bouteflika durant les vingt dernières années à « dégager ». « L’étudiant s’engage, le système dégage ! », ont-ils scandé. « Fakou ! Gaïd Salah ensuite, Bensalah ! », « FLN, RND, dégage ! » ont crié les étudiants. D’autres slogans expriment la détermination de ces derniers à poursuivre la mobilisation
« Un peuple uni ne sera jamais vaincu ! », « Votre répression n’entamera pas nos convictions ! », «Quand l’injustice devient la loi, la résistance est un devoir », a-t-on pu lire sur des cartons visibles dans la foule.
« Achaâb yourid yathasbouga ! » (le peuple veut qu’ils soient tous jugés!), clame cet étudiant, dont le slogan fait référence aux péripéties judiciaires de la veille au niveau du Tribunal Sidi M’hamed d’Alger qui ont concerné l’homme d’affaires Issad Rebrab. Beaucoup ont exprimé leur solidarité au patron de Cévital qui, estiment d’aucuns, est victime d’une cabale poltico-judiciaire.
« Ne touchez pas à Rebrab, jugez la mafia! », scande un manifestant qui ne comprend pas le ciblage de cet homme, alors que d’autres dont la culpabilité est de notoriété publique ne sont nullement inquiétés. Beaucoup ont vu à travers le ciblage de Rebrab une provocation visant à casser le mouvement populaire en suscitant des rivalités communautaires.
Année blanche, même pas peur !
A Boumerdès aussi, les étudiants ont battu le pavé pour la 9e fois. Ils étaient des centaines à sortir dans la rue pour exiger le départ du système tout en dénonçant les magouilles du pouvoir en place pour se maintenir. Les étudiants revendiquent le départ sans condition du régime en place et de tous ses hommes. Déterminés plus que jamais, les manifestants criaient tout au long de la marche des slogans hostiles au pouvoir en réclamant le pouvoir au peuple.
Le slogan « Yatnahaw gaâ ! » (dégagez tous !) était le plus repris lors de la marche à laquelle ont pris part également les enseignants et le personnel de l’université. Arpentant la principale artère de la ville, les étudiants ont fait plusieurs haltes, notamment devant le siège de la Cour où ils ont revendiqué « une justice indépendante » et « le départ » de tout le système politique et de « tous ses hommes », en citant les noms de Bensalah et Bedoui. « La transition doit être gérée par le peuple », « Viva l’Algérie », « système dégage », « Dégagez tous, le pouvoir au peuple », « Algérie libre et démocratique », « On veut un Etat de droit », « Non à la corruption », des slogans inscrits sur les banderoles brandies par les manifestants. Désertant les amphis depuis déjà près d’un mois, les étudiants, et travers l’ensemble du territoire national, se sont organisés en comités indépendants qui organisent régulièrement des assemblées générales dans lesquelles ils décident de la suite de leur mouvement. Epaulés par les enseignants universitaires, les étudiants protestataires s’approchent de plus en plus du spectre de l’année blanche qui plane sur l’université algérienne depuis la semaine dernière. Alors que le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique préfère faire l’autruche, en indiquant un retour à la normale au sein des facultés, le Conseil national des enseignants du supérieur (Cnes) a, pour sa part, affirmé que près de 85% des universités algériennes sont paralysées. n