Le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi a appelé à préserver les institutions de l’Etat au Soudan pour éviter le chaos dans ce pays, à l’ouverture, mardi, d’un sommet africain au Caire, qui sera suivi d’un autre sur le conflit en Libye. Ces deux réunions, sous la houlette de M. Sissi, président en exercice de l’Union africaine (UA), sont les premières de dirigeants africains de ce niveau sur les troubles dans ces deux pays africains.

Le sommet sur le Soudan, où une contestation inédite se poursuit après la destitution et la détention le 11 avril par l’armée du président Omar el-Béchir, a commencé au Caire, selon la présidence égyptienne. Les manifestants réclament au Conseil militaire de transition, aux commandes après le départ de M. Béchir, de transférer immédiatement le pouvoir aux civils.
M. Sissi est réuni avec ses homologues Idriss Déby (Tchad), Ismaïl Omar Guelleh (Djibouti), Paul Kagame (Rwanda), Denis Sassou-Nguesso (Congo), Mohamed Abdullahi Mohamed (Somalie) et Cyril Ramaphosa (Afrique du Sud). «Nous prenons en compte les efforts entrepris par le Conseil militaire de transition, de même que ceux des forces politiques et de la société civile pour surmonter la situation critique» au Soudan, a dit M. Sissi dans son discours. Il a appelé à «préserver les institutions de l’Etat pour éviter que le pays ne plonge dans le chaos». Le mois dernier, M. Sissi avait mis en garde contre les dangers créés par les manifestations, mais n’avait pas mentionné nommément le Soudan voisin et l’Algérie, où le président Abdelaziz Bouteflika a démissionné sous la pression de la rue. Devant ses homologues africains, M. Sissi a appelé la communauté internationale à aider le Soudan à «faire face au fardeau économique», et estimé que les solutions aux crises sur le continent devaient être «africaines».

«Terrain d’entente»
M. Sissi, 64 ans, qui devrait probablement voir sa présidence prolongée et ses pouvoirs renforcés après un référendum sur une révision constitutionnelle controversée, est accusé par les ONG de violations des droits humains: torture, record d’exécutions capitales, emprisonnement d’opposants, musellement de la presse… Lundi, le président égyptien avait reçu Aboubaker Moustafa, le nouveau chef du Service national de renseignement et de sécurité soudanais (NISS), un organe qui avait été accusé d’avoir mené aux premiers mois de la contestation la répression contre les manifestants ayant fait plus de 60 morts et des centaines de blessés depuis le 19 décembre. Un autre sommet sur la Libye, où le maréchal Khalifa Haftar a lancé une offensive contre la capitale Tripoli, doit réunir plus tard dans la journée autour de M. Sissi les présidents du Rwanda et d’Afrique du Sud ainsi que celui du Congo. Le président de la Commission de l’UA, Moussa Faki, assiste aux deux sommets. A Khartoum, les manifestants restent eux mobilisés devant le QG de l’armée. Le Conseil de transition a dit étudier «une proposition» des chefs de la contestation, soulignant qu’il «communiquera avec chacun pour parvenir à un terrain d’entente». L’UA avait menacé le 15 avril de suspendre le Soudan si l’armée ne quittait pas le pouvoir d’ici 15 jours, au profit d’une «autorité politique civile». La contestation a été provoquée par le triplement du prix du pain dans ce pays pauvre, mais elle s’est rapidement muée en contestation du président Béchir puis de l’ensemble de son régime.

Relancer le processus politique
La réunion sur la Libye abordera, elle, «les moyens de relancer le processus politique ainsi que l’élimination du terrorisme», selon la présidence égyptienne. Des combats opposent les forces loyales au Gouvernement d’union nationale (GNA), reconnu par la communauté internationale et siégeant à Tripoli, aux troupes du maréchal Haftar aux portes de la capitale libyenne. Les forces de l’homme fort de l’Est, soutenu notamment par l’Egypte, ont lancé le 4 avril leur offensive sur Tripoli. Plus de 260 personnes ont péri dans les violences, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Les combats piétinent depuis quelques jours. La Libye, pays riche en pétrole, est plongée dans le chaos depuis la chute en 2011 du régime de Mouammar Kadhafi renversé par une révolte populaire. L’émissaire de l’ONU pour la Libye, Ghassan Salamé, a multiplié les mises en garde contre un «embrasement généralisé», réclamant une réaction urgente de la communauté internationale, pour le moment divisée.n