par Houssem A. M.
Dans une pétition qu’ils viennent de lancer, et dont une copie du texte nous a été remise, les animateurs du festival RaconteArts, plaident pour une refonte de la pratique culturelle en Algérie. Profitant de l’avènement du mouvement révolutionnaire entamé par le peuple depuis le 22 février, Denis Martinez, Hassen Metref et leurs amis plaident pour l’avènement d’un nouveau modèle de pratiques et d’actions culturelles libérées des entraves bureaucratiques. Ils sont convaincus que l’expérience menée depuis une quinzaine d’années dans le cadre du festival Raconte-Arts peut servir de modèle à la nouvelle dynamique de libération de l’acte culturel et qu’elle redonnera à l’artiste la place qu’il mérite au sein de la société. «Depuis 2004, le festival Raconte-Arts, alternatif, créatif et itinérant, sillonne les villages de Kabylie qui l’accueillent avec ses participants et dans toutes les wilayas du pays. Pendant toutes ces années, les espaces dédiés à la culture étaient majoritairement aux mains de fonctionnaires serviles, méfiants, souvent méprisants, qui monopolisaient avec des budgets faramineux des programmes culturels indigents et qui imposaient des freins bureaucratiques à toute velléité de leur échapper», écrivent les auteurs du texte, qui appellent à «une autre démarche qui rassemble et non qui exclut, à trouver d’autres possibles pour mettre la culture au sein du peuple. En 2004, il s’agissait déjà de reconquérir un espace public. C’est avec les villages et leurs comités très organisés que nous avons pu concrétiser cette alternative structurante. Au fil des ans, s’est ainsi développé un moment d’espoir intense, un lieu de libération de l’acte de création qui fait sens, une opportunité d’échanges salutaires». La nécessité de rupture est vitale, selon les auteurs de l’appel, tirant leur conviction de leur expérience. « Depuis ces 15 années passées, envers et contre beaucoup, de façon indépendante, nous avons pu, dans une sorte de laboratoire expérimental au sein de chaque village, donner voix à toute une jeunesse qui a pu prouver son talent, faire éclater son potentiel créatif, son inventivité, sa réflexion autour de l’acte culturel et la place de l’artiste dans la société. Depuis les trois dernières éditions du festival, nous assistions à une fréquentation submergeante venant de toutes les wilayas. Les citoyens qui n’ont jamais abdiqué ont plébiscité notre manifestation et nous faisaient sentir de façon pressante cet immense besoin de multiplier ces lieux de vie conviviale et riche. Il devenait évident que notre semaine de juillet n’y suffirait plus», écrivent les auteurs de la pétition, signée par des personnalités telles Denis Martinez, Hassen Metref, Arezki Diche, Rafik Hadouchi, Mohammed Sediki, qui se félicitent de l’irruption dans la rue de la révolution populaire depuis le 22 février 2019. «Et voilà que cette lame de fond qui transforme le pays et ébranle le système comme un tsunami vient ouvrir tout le champ des idées… Aujourd’hui, le peuple algérien a entamé sa grande marche pour son émancipation citoyenne pleine et entière. C’est tout naturellement que Raconte-Arts chemine avec lui et s’implique dans la mobilisation jusqu’à l’aboutissement final».