Les habitants de la basse Casbah d’Alger se sont réveillés, hier, sur une véritable tragédie suite à l’effondrement d’une vieille bâtisse provoquant la mort de cinq personnes, dont un enfant de 3 ans. Situé à la rue Ali-Tamghlit, à quelques mètres de la mosquée Ketchaoua, l’immeuble, dont la façade a été récemment restaurée et repeinte en blanc immaculé, s’est effondré de l’intérieur vers 5h du matin.

« Nous avons été réveillés par un bruit assourdissant et nous avons vite compris qu’il s’agissait d’un effondrement. Au début, nous avons cru qu’il s’agissait juste d’un balcon, les immeubles sont vétustes par ici, mais en sortant nous avons découvert la catastrophe. Les quatre étages de l’immeuble se sont entassés l’un sur l’autres, l’image est vraiment choquante», nous a déclaré un habitant du quartier Ahmed-Bouzerina (ex-rue de la Lyre).
Alors que les éléments de la Protection civile tentaient de sauver les victimes coincées sous les décombres, des centaines d’habitants du quartier et des alentours se sont rassemblés pour observer la sinistre scène. La gorge nouée et les yeux larmoyants, des jeunes se sont constitués en cordon de sécurité humain pour empêcher les gens de s’approcher de l’immeuble effondré et faciliter ainsi le travail de la Protection civile. «Nous avons reçu l’alerte à 5h50. Nous nous sommes vite dépêchés sur place avec six camions et six ambulances, ainsi que des équipes de fouilles avec des chiens. Le nombre de personnes ensevelies n’est pas précis, il y a des témoignages qui font état de 4 et d’autres de 5 personnes. Nous avons réussi à extraire deux victimes, un homme, la trentaine, et un enfant de trois ans. Les recherches vont se poursuivre jusqu’à ce que nous soyons sûrs qu’il n’y a plus de victimes sous les décombres», ait indiqué le chargé de l’information à la direction de la Protection civile, le lieutenant Khaled Benkhelfellah.
Quelques minutes plus tard, tous les regards se sont dirigés vers l’immeuble en question, une troisième victime venait d’être évacuée via un balcon. Malgré la pluie battante, la foule est toujours sur place, la tension et la colère sont palpables, impossible d’arracher un mot aux gens qui semblent abattus par le spectacle désolant. Sans un mot, la foule se disperse pour laisser passer l’ambulance transportant la victime. Plus tard, dans la journée, le bilan s’est alourdi à cinq victimes, la famille Maldji, un couple et ses deux enfants ainsi que leur oncle.
Zoukh chassé des lieux
Les visages fermés et les poings serrés, les habitants de la basse Casbah, très touchés par la mort tragique des cinq personnes, n’ont pas mâché leurs mots, hier, vis-à-vis des responsables de cette commune et ceux de la wilaya d’Alger. «La bâtisse a été repeinte à l’occasion de l’inauguration de la mosquée Ketchaoua, n’ont-ils pas vu l’état de l’immeuble, classé catégorie rouge ? », s’est exclamé l’un des habitants du quartier. « L’immeuble est en ruine et cela depuis des années, ses habitants devaient être évacués. Ce qui s’est passé est inadmissible et entièrement de la faute des autorités qui ont jeté des milliards pour la restauration de La Casbah mais n’ont rien fait sur place», a indiqué un homme rencontré sur place. Selon d’autres versions, l’immeuble en question aurait été évacué par la passé, mais ses habitants ont préféré revenir.
Tôt dans la matinée, le wali d’Alger Abdelkader Zoukh s’est déplacé sur le lieu du drame d’où il a été violemment chassé par les habitants du quartier. C’est d’ailleurs aux cris de «pouvoir assassin» et «klitou lebled ya seraqine» que le wali a été renvoyé par une foule en colère. A l’aide de sa garde rapprochée, il s’est dépêché de s’engouffrer dans sa voiture blindée, échappant ainsi à un véritable lynchage de la foule qui était très remontée. Le président de la commune de La Casbah a aussi eu droit au même traitement par la population. «Nous ne voulons pas d’eux, ils n’ont fait que piller l’argent du peuple, ce sont des voleurs, ils partiront tous», a déclaré un jeune homme. Même les médias ont été déclarés persona non grata, hier, à la Casbah. Les jeunes du quartier n’ont d’ailleurs pas hésité à chasser les caméras des télévisions privées et sont même allés jusqu’à interdire aux passants de faire des directs sur les réseaux sociaux afin de préserver «l’intimité» des victimes. « Pas de vidéos, s’il vous plaît ! Arrêtez de filmer », criaient les jeunes.
Dénonçant l’état catastrophique de l’antique cité de La Casbah, les habitants de la commune ont réclamé, hier, la démission des responsables de la commune qu’ils accusent d’être responsables de la mort des cinq victimes. D’autres habitants se sont dirigés vers le siège de la wilaya d’Alger où ils ont tenu un sit-in de protestation. Cette dernière a d’ailleurs réagi en fin de journée par un communiqué indiquant que la bâtisse était classée catégorie « orange classe 4 » en 2003 après le tremblement de terre de Boumerdes et ses occupants éligibles à un relogement dans des chalets provisoires qu’ils ont refusé de rejoindre. La même source affirme qu’un nouveau contrôle de l’édifice a été effectué en 2016 à l’issue duquel une nouvelle demande d’évacuer ses occupants a été formulée sans qu’elle ne soit suivie d’application. Quand l’absurde tourne au tragique….<