L’ex-Premier ministre Ahmed Ouyahia et le ministre des Finances Mohamed Loukal étaient convoqués hier au tribunal de Sidi M’hamed, aux abords duquel une foule nombreuse et déterminée les attendait depuis la matinée.

La veille, samedi, l’annonce de leur convocation avait été faite par la Télévision publique dans le journal télévisé de 20 heures, relayée par l’Agence presse service (APS). «Le tribunal de Sidi M’hamed (Alger) a convoqué samedi Ahmed Ouyahia, ex-Premier ministre, et Mohamed Loukal, ministre des Finances et ex-gouverneur de la Banque d’Algérie, pour des affaires de corruption », a rapporté l’Entreprise publique de la télévision (EPTV). Ces deux responsables ont été convoqués, précise la même source, pour
« des affaires de dilapidation de deniers publics et de privilèges indus », pouvait-on lire dans la dépêche diffusée par l’APS. Mais aucune autre précision n’a été fournie concernant la convocation de l’un ou de l’autre des deux responsables.
La convocation des deux hauts responsables de l’Etat intervient, faut-il le noter, quelques jours à peine après le discours du chef de l’état-major de l’Armée nationale populaire (ANP), Ahmed Gaïd Salah, qui avait appelé la justice à poursuivre les individus impliqués dans des affaires de corruption et de dilapidation de deniers publics.
En effet, Gaïd Salah avait déclaré le 16 avril dernier « (…) Comme j’ai souligné lors d’occasions précédentes la nécessité pour la justice de poursuive les individus impliqués dans des affaires de corruption, nous attendons à ce que les instances judiciaires concernées accélèrent la cadence du traitement des différents dossiers concernant certaines personnes ayant bénéficié indûment de crédits, estimés à des milliers de milliards, causant préjudice au Trésor public et dilapidant l’argent du peuple». Partant de cette donne, il semble donc que la justice se soit mise en branle après avoir été exhortée de le faire par Gaïd Salah. Les convocations d’Ouyahia et Loukal, selon des observateurs, doivent certainement faire suite aux propos du chef de l’état-major. Force est de constater qu’une telle rapidité dans l’exécution et, de surcroît, dans la convocation de hauts responsables de l’Etat est une première dans les annales judicaires de l’Algérie. C’est, en effet, la première fois qu’un homme ayant occupé les plus hautes fonctions de l’Etat, comme Ouyahia, se voit convoquer par la justice et avec une telle célérité, soit quelques jours après le discours de Gaïd Salah. Il en est de même pour le ministre en poste et néanmoins ex-gouverneur de la Banque d’Algérie, Mohamed Loukal, bien que pour ce dernier, les observateurs estiment qu’«il est convoqué non pas en tant que ministre, mais certainement en tant que gouverneur de la Banque d’Algérie, sachant que c’est sous sa gouvernance que la planche à billets a été approuvée et a commencé à imprimer de l’argent».
Mais la question qui se pose, selon certains, «est-ce que le Parquet de Sidi M’hamed peut-il convoquer un haut responsable de l’Etat ?» Le Parti des travailleurs déclare, dans ce sens, qu’il «s’interroge sur le dysfonctionnement flagrant dans la procédure adoptée par la justice dans cette affaire, car s’agissant de hauts fonctionnaires de l’Etat, c’est à la Cour suprême que revient la prérogative de les juger et non à un procureur de première instance judiciaire». Pour sa part, un homme de loi a déclaré que «pour l’instant, nous ne savons pas pourquoi ils ont été convoqués. Il se peut que ce soit juste pour les entendre par rapport à une affaire, juste pour témoigner… Dans ce cas, le procureur du Tribunal de Sidi M’hamed peut très bien les convoquer». Quoi qu’il en soit, Ouyahia et Loukal ne se sont pas présentés hier au Parquet de Sidi M’hamed, où ils étaient attendus de pied ferme par une foule venue nombreuse et «munie» de pots et de bouteilles de yaourt, et n’arrêtant pas de scander des slogans hostiles, notamment à l’ex-Premier ministre. Alors que les gens étaient en attente à la rue Abane-Ramdane, le ministre des Finances, lui, présidait la séance d’installation du nouveau directeur général des Douanes algériennes, tandis que l’ex-Premier ministre, selon des indiscrétions, était au siège du RND.<