Saïd Sadi était, jeudi dernier, l’invité de l’université de Tizi Ouzou dans le cadre de son cycle de conférences organisé pour accompagner le mouvement du 22 février. « Origines et sens d’une insurrection » est le thème de la communication de l’ex-président du RCD, qui a expliqué que les événements d’avril 1980 ont « fait éclore les nouvelles formes de lutte qui animent les revendications historiques d’aujourd’hui ».

Par S. Oularbi et Houssem A. M.
Dit autrement, l’irruption de millions d’Algériens dans la rue depuis le 22 février dernier comme les événements de ce qui est convenu d’appeler le Printemps amazigh sont le résultat du cumul des colères refoulées depuis des années par le peuple algérien exaspéré par «l’arrogance d’un pouvoir qui se croit tout permis». Le soulèvement populaire qu’a connu le pays depuis le 22 février dernier est similaire à celui mené au mois d’avril 1980 par les militants identitaires, puisque les deux évènements sont liés à un objectif commun, à savoir l’édification d’une Algérie libre et indépendante, a-t-il ajouté.
Il a invité le peuple à veiller à la lutte pacifique avec laquelle se déroulent ces manifestations populaires qui, d’après lui, sont un exemple à méditer pour le monde entier, puisqu’il prouve la maturité et le civisme du peuple algérien. Le même conférencier a salué l’initiative menée par le peuple algérien qui est sorti dans la rue pour demander le départ du système actuel et le changement radical pour une Algérie meilleure et prospère. Une démarche qu’il a qualifiée de « renaissance d’une nouvelle Algérie et d’un grand moment dans l’histoire du pays », dira-t-il. Il a indiqué que le combat identitaire mené depuis les années 80 par les militants de la cause juste, au niveau de l’université Mouloud-Mammeri, a donné ses fruits aujourd’hui, puisque la révolte de ces militants est identique à la crise que connaît le pays actuellement. « L’Ummto est le fief de la révolte identitaire et de la démocratie. Je dirais que Mouloud Mammeri a été empêché d’organiser la conférence sur l’identité amazighe et le changement politique en Algérie et, par la suite, il a été arrêté à Boukhalfa, dans la banlieue de Tizi-Ouzou. Cela dit, le mouvement identitaire, mené depuis de longues années par les militants de la cause identitaire, est un coup de force pour ce qui se passe actuellement dans notre pays », a-t-il insisté. « Il y a une symétrie dans la réforme des révoltes ». L’ex-président du RCD a mis l’accent sur la préservation de ce grand moment dans l’histoire du pays, et ce, par l’organisation de débats des personnalités émanant de la base dans l’objectif d’aboutir au résultat escompté. «On n’a pas besoin d’un chef. Il faut qu’il y ait des personnes dans chaque région non pas pour représenter le gouvernement, mais pour transmettre les bonnes informations. Autrement dit, il faut de l’organisation non pas pour désigner des personnalités, mais pour donner le compte rendu politique en ce moment », a-t-il précisé.
« L’Armée n’est pas compétente pour conduire la transition démocratique »
Poursuivant son analyse, l’invité de l’Ummto lie la situation de blocage politique, que vit la société algérienne depuis des décennies, à l’échec de l’Etat-nation durant sa formation historique. Il se dit convaincu que « le seul cadre politico-administratif cohérent et efficient qu’ait connu l’Algérie contemporaine fut celui qui a été élaboré par le Congrès de la Soummam en août 1956», dira le fondateur du RCD, qui qualifie le mouvement révolutionnaire du
22 février d’un véritable mouvement de libération. Et de s’étonner du fait que « malgré les millions d’Algériens qui en appellent au changement radical, les laborieuses réponses des dirigeants attestent d’une incapacité à saisir la nature et la profondeur de la revendication exprimée unanimement et dans tout le pays depuis le 22 février ». « A entendre les tenants du pouvoir, nous serions devant un simple malentendu, une erreur de casting qui peut être corrigée par une rotation de figures ou quelques mesures cosmétiques prises dans le cadre du carcan qui a étouffé la société algérienne depuis l’indépendance », ironise l’ex-patron du RCD, qui atteste : « En vérité, la nation est dans la rue. Elle assume sa diversité, sa tolérance, sa modernité et sa solidarité. Ce potentiel vertueux n’a jamais pu trouver ses déclinaisons dans les institutions fabriquées en 1962. » D’où cet appel pressant pour le changement qui, pour se réaliser, doit éviter quelques « écueils » qui peuvent retarder l’échéance du changement, voire même l’avorter. « La phase de transition doit être aussi courte que possible. Toute précipitation peut engendrer des effets pervers (…) Les acteurs politiques les plus avisés, les groupes sociaux les plus crédibles doivent être activement mobilisés pendant toute cette période pour poser en termes lisibles par tous les principes généraux qui détermineront la vie de la nation démocratique », préconise l’invité de l’Ummto, qui met en garde contre le détournement de la volonté populaire comme ce fut le cas en 1992. Quel rôle pour l’armée dans cette séquence transitionnelle ? L’auteur de « Algérie, l’échec recommencé ? n’entrevoit aucun. «L’Armée algérienne n’est pas compétente pour accompagner une transition démocratique. L’approche qui consiste à vouloir faire jouer à l’ANP un rôle pour lequel elle n’est pas qualifiée peut mener à un autre plongeon dans l’abîme. Fatal, celui-là», tranche l’ex-leader du RCD.