Reporters : Le chef d’état-major de l’ANP, Ahmed Gaïd Salah, est intervenu une nouvelle fois, mardi, pour affirmer à Ouargla l’appui de l’Armée aux revendications du mouvement populaire de contestation et demander aux Algériens de la « sagesse » et de la « patience » en ce qui concerne leurs revendications pour le changement dans le pays. Quelle appréciation faites-vous de son discours ?
Mohand-Arezki Ferrad : Certes, le processus en cours pour le changement demande du temps et de la patience. La reconstruction démocratique du pays ne se fait pas en un tour de main, elle s’inscrit dans des logiques de longue durée, mais il faut la commencer maintenant et éviter les atermoiements. Il y a des initiatives à prendre dans les délais les plus brefs possibles et tout retard à ce sujet risque d’exaspérer davantage une opinion nationale qui veut que ce chantier de la reconstruction soit vite entamé.
A quelles initiatives songez-vous ?
Elles sont portées et revendiquées par le mouvement populaire pour le changement. Il s’agit entre autres de passer à une présidence collégiale du pays – un présidium comme certains l’appellent – constituée de personnalités crédibles et bénéficiant de la légitimité nécessaire en guise d’assurance et de garantie au « Hirak » sur la volonté d’accompagner sa mobilisation pour une Algérie nouvelle, démocratique et fondée sur le respect de l’Etat de droit et de ses institutions. Il s’agit, également, de tourner la page du gouvernement Bedoui. Il s’agit aussi d’ouvrir le dialogue entre tous les acteurs présents sur la scène politique nationale. Une vraie transition a besoin de la contribution de toutes les forces vives du pays. Le plus dangereux, c’est l’atermoiement et la recherche du statu quo.
Le général de corps d’armée et vice-ministre de la Défense s’est pourtant engagé pour une ouverture sur le Hirak et ses revendications, n’est-ce pas ?
C’est ambigu de sa part. Il évoque les articles 7 et 8 de la Constitution pour affirmer son appui à la revendication populaire. En vérité, il campe pour l’instant sur l’article 102 et la solution à la crise dans le cadre constitutionnel, c’est-à-dire l’organisation d’une élection présidentielle en juillet prochain ; un objectif qui ne cadre pas avec la demande populaire.
Le chef d’état-major de l’ANP s’en est pris directement à l’ancien patron du DRS, l’ex-général Toufik. Qu’en pensez-vous ?
La déclaration de Gaïd Salah au sujet de l’ancien chef des « services » fait fi de la justice et de ses prérogatives. L’Algérie traverse une période inédite et particulière. Elle se dirige vers une deuxième République, qu’il ne faut absolument pas bâtir sur la rancune et la haine. Le risque pour de telles paroles est que cela soit compris comme un règlement de comptes. L’urgent est de mettre les balises pour un Etat démocratique, un Etat de droit et une justice indépendante.<