Les forces de sécurité n’ont été destinataires d’aucune instruction pour user de la force contre les manifestants, a déclaré, hier, le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, Hassane Rabehi, lors de la conférence de presse tenue à l’issue de la réunion du conseil du gouvernement.

PAR TANIA GACEM
Pour lui, la responsabilité de ce qui s’est passé à la fin de la marche de vendredi dernier incombe aux citoyens qui ont jeté des pierres et aux éléments des services de sécurité qui ont répliqué et dont le rôle est de protéger les biens et les personnes. «Il est certain que ni les services de sécurité d’une façon générale, ni le gouvernement, ni la Direction générale de la Sûreté nationale (DGSN), ni aucune autre sphère de commandement n’ont jamais instruit d’utiliser la force contre les citoyens durant les marches», a soutenu avec ferveur
M. Rabehi dans sa réponse à une question sur «la responsabilité de la répression» de la marche du 8e vendredi. Il considère que «personne ne peut réfléchir, dans la conjoncture que nous vivons et où les
citoyens ont montré à travers leurs actions qu’ils font valoir les valeurs nationales et leur attachement au pays, à user de la force. C’est impossible !» Il poursuit en relevant que «les agents de la Sûreté nationale sont des enfants du peuple qui partagent l’émotion, les soucis et les aspirations de l’ensemble du peuple algérien et qui veillent à sa sécurité en concordance avec les autres services de sécurité et les éléments de l’ANP. Si c’étaient des gens de violence, ils auraient utilisé la force dès les premières marches» qui ont débuté le 22 février dernier. Il se demande d’ailleurs comment une telle masse de pierres avait, comme par hasard, atterri à un endroit précis. Pour lui, «la masse de pierres a été déposée ici et là pour faire dans la provocation et les agents des services de sécurité sont tombés dans ce problème en réagissant». Il conclut sur ce chapitre en soutenant qu’«aucune instruction d’user de la force n’a été donnée» et que «la Police est professionnelle».
Invité à commenter la déclaration du Chef de l’état-major de l’ANP sur les agissements de l’ex-patron du DRS, le porte-parole du gouvernement a déclaré que «connaissant la sincérité de Gaïd Salah», celui-ci «a dû se saisir d’un certain nombre de données pour faire ce constat», ajoutant que les avertissements de Gaïd Salah sont peut-être faits même à l’endroit des pays ennemis et hostiles à la stabilité de l’Algérie. Abordant un autre chapitre, celui des difficultés que rencontrent les membres du gouvernement lors de leurs sorties sur le terrain, M. Rabehi a d’abord tenu à défendre ses collègues ministres en déclarant que ce sont tous de hauts cadres de l’Etat, que chacun d’entre eux a été choisi parce qu’il est compétent dans son domaine et que s’ils ont accepté de faire partie de ce gouvernement, c’est pour répondre à l’appel du pays qui a besoin de toutes ses compétences. «Nous, ministres, ne sommes là que pour une courte période pour gérer les affaires courantes du pays. Car tout pays qui se respecte a des institutions qui doivent continuer de fonctionner même dans une telle conjoncture», a plaidé M. Rabehi, qui a estimé que le nombre de personnes qui ont essayé de chasser les ministres sortis sur le terrain n’est pas représentatif de la masse populaire des régions où ils se sont déplacés. Il ajoutera même que les déplacements des ministres se font pour «des projets d’utilité publique» et que les empêcher de faire leur travail c’est faire entrave à ces projets dont les seuls bénéficiaires sont les citoyens des régions en question.
Il en appelle, dans ce sens, à la responsabilité de tout un chacun, les médias y compris, pour lever les amalgames qui font obstruction à une marche saine de la transition pour pouvoir aller de l’avant, comme il appelle au dialogue et à la sensibilisation et à laisser les ministres faire leur travail dans l’intérêt de tous. Le refus de certains P/APC ainsi que celui des magistrats d’encadrer l’élection présidentielle prévue pour le 4 juillet a également été abordé lors de la conférence de presse. Pour le porte-parole du gouvernement, «si les P/APC considèrent tout est illégitime dans cet Etat, qu’ils soient alors francs et sincères et qu’ils commencent d’abord par se considérer eux-mêmes comme des P/APC illégitimes puisqu’ils sont issus des élections du peuple !». Pour les magistrats voulant boycotter la présidentielle, «la tutelle s’est déjà prononcée sur leur nombre qu’elle considère minime par rapport à la corporation».
Mais au-delà des attitudes des uns et des autres, M. Rabehi appelle toute la société à «transcender cette période, car nous devons aller de l’avant et trouver des solutions et, dans ce cadre, nous restons ouverts à toutes les propositions».n