La protesta des travailleurs affiliés à l’UGTA contre Abdelmadjid Sidi Saïd vient de franchir un nouveau pas. Le rassemblement organisé, hier, devant l’enceinte de la centrale syndicale et qui a pu drainer une foule importante atteste manifestement d’un mouvement de fronde qui prend de l’épaisseur.
Avec la mobilisation qui tend visiblement à toucher l’ensemble du territoire national et surtout engageant des entreprises publiques à fort capital humain, c’est l’étau qui se resserre davantage sur le patron de l’UGTA contre qui sont retenus plusieurs griefs en ces temps de révolte populaire.
Nul doute que la contestation de la gestion de Sidi Saïd et de son règne n’est pas un fait nouveau. Des actions de protestation contre lui ont été signalées de façon répétitive notamment dans certains milieux ouvriers. Mais le successeur d’Abdelhak Benhamouda à la tête de la centrale syndicale a toujours pu contenir, sinon neutraliser, tous les mouvements visant à le destituer. Ce qui explique sa longévité à ce poste qu’il tient depuis 1997.
Ce qui affaiblit à présent la posture de Sidi Saïd, c’est que la séquence en cours est différente des précédentes dans la mesure où elle s’appuie sur un contexte politique inédit. Fortement galvanisée par le mouvement populaire né le 22 février dernier réclamant un changement du système et le départ des figures qui lui sont apparentées, la contestation du premier responsable de l’UGTA semble ainsi avoir atteint un niveau de non-retour. Car même l’annonce faite récemment par Sidi Saïd à travers laquelle il a été décidé d’avancer la date de la tenue du congrès n’a pas eu l’effet attendu. Même son engagement à ne pas se présenter à sa propre succession n’a pas calmé ni rassuré les syndicalistes adhérents qui prennent cela pour une pure manœuvre. Décidément affaibli par le départ de l’ancien président auquel il vouait allégeance et fidélité, Sidi Saïd semble davantage acculé par une contestation organique qui prend de l’ampleur.
Le chef de l’UGTA est ainsi devant une situation inextricable et peu envieuse de laquelle il lui sera si difficile de sortir indemne particulièrement dans une conjoncture de révolte populaire réclamant le départ des figures du régime.