On n’a pas fini de parler et de dire tout le bien qu’on pense de René Vautier, le «cinéaste le plus censuré de France», comme il aimait se définir lui-même. René Vautier, cinéaste prolifique mais plus encore, beaucoup plus qu’un cinéaste, un grand militant, un frère, un ami des cinéastes algériens et d’Afrique.

Diplômé de l’Idhec en poche (1949), René Vautier à 21 ans court faire, en Côte d’Ivoire, son premier film «Afrique 50», un documentaire tourné à la sauvette, à la barbe des autorités coloniales, pour aider ses amis du Rassemblement démocratique africain (RDC). Après avoir réussi à sauver ses bobines, René Vautier fait quelques jours de prison en compagnie d’un ami ivoirien, jeune militant du RDC, Félix Houphouet-Boigny, qui sera le président du pays pendant de très longues années. Du moins, c’est Vautier qui l’affirme.
Quelques années plus tard, Vautier est en Algérie, clandestinement. Il tourne «Une nation, l’Algérie», suivi de «Algérie en flammes» (1957). René Vautier camouflait son nom sous le pseudo, Férid Baraka, et tournait en Tunisie une série de films. Notamment, le beau documentaire sur les pêcheurs de Mahdia «Chaines d’or». Afin de semer d’éventuelles recherches des services coloniaux, il ne s’appelle plus Vautier ou Baraka, mais Férid Dendani, quand il tourne un film d’amour tunisien «Karim aime Leïla». La police coloniale était toujours à ses trousses pour atteinte à la sûreté intérieure de l’Etat. Il avait glissé une phrase dans «Une nation, l’Algérie» : «L’Algérie sera de toute façon indépendante», qui a beaucoup déplu au gouvernement français. Vautier part ensuite en Afrique du Sud. L’ANC a produit «Frontline» et «Le Glas», deux documentaires antiapartheid. En Afrique et ailleurs, René Vautier n’a jamais cessé de tourner. Sans compter qu’il a contribué à former des cinéastes partout où il allait. Il mettait ses services et conseils auprès des jeunes Africains diplômés de l’IDHEC et qui se lançaient dans l’aventure du cinéma. En Algérie, création du Centre audiovisuel d’Alger et des Cinépops. Les Cinépops de Vautier, c’était un cinéma ambulant, nomade, qui sillonnait tout le pays, les villes et les villages, sous la devise «Vers le socialisme par le cinéma en dehors de toute censure».
Dans le paysage du cinéma africain de cette époque-là, il faut mentionner le nom de Jean Rouch, cinéaste français de formation ethnologue et qui, comme Vautier, a apporté son aide et son expérience aux jeunes cinéastes d’Afrique. Précurseur du «cinéma direct», Rouch a apporté ses conseils et ses méthodes de tournage, de l’enregistrement de l’image et du son. Rouch faisait des films d’ethnologie alors que Vautier préférait le cinéma politique. Il disait toujours : «Je préfère une caméra pour me battre plutôt qu’une mitraillette.» A Alger, la Cinémathèque a montré le travail de Rouch, «Jaguar», «Moi, un Noir» (avec Oumarou Ganda, cinéaste nigérien), «La pyramide humaine», «Les Fils de l’eau», «La chasse au lion à l’arc»… Tous tournés en Afrique de l’Ouest.
Comme Vautier, proche du travail de la Cinémathèque d’Alger pour le travail de la sauvegarde et la préservation des archives de films, Rouch savait aussi les dangers que couraient les films faits en pellicule et projetés des dizaines de fois. Entre 1987 et 1990, Rouch a présidé la Cinémathèque française, il était bien placé pour s’occuper de la sauvegarde des films, notamment africains. n