La démission mardi de Tayeb Belaïz et la désignation d’un nouveau président à la tête du Conseil constitutionnel a constitué une évolution notable dans la crise actuelle visiblement ouverte à différents scénarios. Le discours du chef d’état-major Gaïd Salah intervenu le même jour, a suscité des lectures diverses et des supputations sur les intentions de l’institution militaire devenue par la force des choses l’acteur principal de cette crise et l’élément inévitable dans toute solution future.

Le premier responsable de l’institution militaire assure accompagner le mouvement populaire massif en promettant une sortie de crise malgré les « entraves », demandant « du temps et de la patience ». La situation demeure de fait toujours tendue avec des actions revendicatrices devenues quasi quotidiennes. La vie politique algérienne complètement bouleversée par le basculement dans la crise semble en panne. Les membres du gouvernement Bedoui trouvent toujours du mal à activer sur le terrain tant le rejet populaire est devenu palpable. Les élections présidentielles annoncées pour le 4 juillet prochain dans une application stricte de l’article 102 de la Constitution semblent également plus que jamais compromises. Les signes que ce scrutin est devenu intenable en l’état se sont succédé durant la semaine. En plus des difficultés subies par les différents ministres durant leurs visites sur le terrain, des magistrats et des maires ont décidés de boycotter un scrutin visiblement mal engagé. Une évolution particulièrement inquiétante pour les tenants de cette option de la Présidentielle dans les conditions actuelles. Une configuration qu’une partie des acteurs du Hirak récusent estimant surréaliste le fait que la même administration accommode une élection de cette importance particulièrement dans cette conjoncture propice au changement de fond.
Pic de tension
Différents scénarios semblent pour l’heure possibles pour une sortie de crise rapide et sans prendre le risque de se retrouver dans un vide qui pourrait s’avérer préjudiciable pour la stabilité du pays. Le mouvement populaire en vogue devrait continuer à maintenir une pression qui semble porter ses fruits notamment avec la
« chute » du premier des B. Les Algériens devraient sortir vendredi dans la rue afin de demander le départ des autres personnalités considérées comme faisant partie de « l’ancien » système, à savoir l’actuel chef de l’Etat par intérim Abdelkader Bensalah, le premier ministre Nourredine Bedoui, et à un degré moindre le président de l’APN Moad Bouchareb. Reste à savoir jusqu’où peuvent aller les décideurs face aux revendications populaires concernant certaines personnalités rejetées.
Ce vendredi il sera aussi fortement question de l’attitude des services de sécurité face à un mouvement populaire et de revendication qui ne fait que prendre de l’ampleur. Les heurts du vendredi passé considérés comme une véritable répression qui a touché des couches compactes de manifestants pacifiques, suivie de l’affaire des militantes dénudées au commissariat de Baraki ont fait chauffer les esprits. Des alertes et un pic de tension qui ont fait monter le degré d’inquiétude concernant les prochaines manifestations qui ne semblent pas entamer un mouvement descendant. Alors que la crise politique provoquée par un suicidaire « cinquième mandat de Bouteflika » entame sa neuvième semaine, des questions restent néanmoins en suspens, plus que jamais. Le mouvement populaire qui continue à pousser s’estompera-t-il si les acteurs décriés nommément sont tous écartés ? Cette déferlante populaire laissera-t-elle bientôt le champ à l’action politique à travers des représentants crédibles ? Autant d’interrogations qui devraient trouver des éléments de réponse dans les semaines à venir.<