C’est un 27 septembre 1937, vers 10H, que la délégation de l’Association des Oulémas musulmans algériens, conduite par Cheïkh Abdehamid Benbadis, venue par train de Constantine, fut accueillie à la gare ferroviaire de Tlemcen par Cheïkh El Ibrahimi, flanqué du jeune Chafaï Mouleshoul et entouré de ses disciples.

de Tlemcen, El Halloui Tlemçani
La procession s’ébranla du parvis de la gare vers Dar El Hadith, à El Medress, via Bab Sidi Boumediène et la rue Kaldoun, où Benbadis reçut la clé de la porte d’entrée des mains de Cheïkh Bachir El-Ibrahimi. Tout au long du parcours qui mène à Dar el Hadith, c’est-à-dire sur une distance d’un kilomètre, des milliers de Tlemcéniens scandent « Allahou Akbar » au passage des deux Cheikhs à la tête du cortège. Cheïkh Abdehamid Benbadis avait inauguré ce jour-là cet illustre établissement à vocation religieuse et scientifique, situé au niveau de la rue Pomaria (El Medress), dans le cadre du déploiement de ladite association, créée six années auparavant. Une grande fête fut organisée à la cérémonie d’inauguration. Une grande foule de citoyens et bon nombre de délégations venues de l’ensemble du pays se sont rassemblés pour accueillir Cheikh Benbadis (voir la vidéo sur www.iqbal.forumalgerie.net/spiritualite-philosophie-societe-f11/rare-inauguration-par-ibn-badis-de-dar-el-hadith-a-tlemcen-t504.htm). Une cérémonie grandiose marquée par un accueil populaire sans précédent, un poème éloge déclamé par Al Khalifa, un commentaire magistral d’un hadith thématique et un discours hommage prononcé par l’illustre hôte. Les visiteurs découvrent qu’il ne s’agit pas d’une médersa ordinaire comme on en avait à Constantine, Sétif, Tébessa, Alger, mais un véritable complexe culturel d’architecture hispano-mauresque, avec une salle de prière au rez-de-chaussée, une salle de conférences au premier étage et une dizaine de classes au second. C’est Cheikh El Bachir El Ibrahimi, numéro 2 des oulémas, qui s’est chargé de la construction de l’édifice (du 12 février 1936 au 27 septembre 1937), lors de son séjour, en 1934, au pays de Sidi Boumediène, aidé dans son projet par les habitants de la ville. Le Cheïkh lui donne le nom de Dar el Hadith en souvenir de son séjour damascène. C’est aussi une façon symbolique de briser le rideau de fer que le colonialisme a dressé entre le Maghreb et le Machreq. C’est l’architecte Abderrahmane Bouchama qui a fait le plan de la Médersa à titre gracieux. El Ibrahimi est arrivé à Tlemcen en 1933 et repartira en mars 1945. Un séjour de neuf années si l’on défalque les trois années passées en résidence surveillée à Aflou. Le 29 mai 1956, l’armée coloniale française avait transformé la bâtisse en caserne. L’historique de cette dernière est entaché par les sinistres massacres du 4 juin 1957 commis par la soldatesque française sur la place d’El Medress, notamment le meurtre de sang-froid au sein de la maqsoura de l’imam de la Grande mosquée Cheïkh Djelloul Benosman, en représailles à la grenade jetée par un fidaï qui serait Mohammed Bekkaï dans l’enceinte du cantonnement des légionnaires au niveau de Dar El Hadith. A l’Indépendance, Dar El Hadith a retrouvé sa vocation et sa fonction initiales. Il convient de souligner que Dar El Hadith a bénéficié d’une opération de restauration à la faveur de la manifestation de 2011 « Tlemcen, capitale de la culture islamique ». L’édifice est constitué de plusieurs niveaux, dont le rez-de-chaussée réservé à la prière et deux sous-sols. Le premier comprend une grande salle destinée à la récitation du Saint Coran et le deuxième est réservé aux ablutions. On compte, également, deux étages supérieurs comportant une salle de conférences, un théâtre, une bibliothèque et des classes de cours dédiées à une crèche coranique, initiée par le regretté Cheïkh Hassaïne, un ancien cadre de l’Education. Une fausse note esthétique cependant. Il s’agit de la présence, à l’angle de l’édifice, d’une « toile » de câbles électriques suspendus en l’air défigurant le beau style architectural de la façade. Par ailleurs, il faut noter que le réalisateur Saïd Eulmi a remporté le Premier prix du Panorama du film documentaire pour son œuvre «Dar El Hadith, espace de savoir et de culte», produit dans le cadre de l’événement panislamique de 2011. n