Le discours du chef d’état-major Gaid Salah concernant la crise politique qui secoue le pays depuis plus de deux mois s’est voulu rassurant, insistant sur les possibilités de sortie de crise et la nécessité pour les Algériens de s’armer de patience. Alors que la situation tend à se compliquer avec les difficultés du gouvernement actuel et l’insistance du mouvement populaire à imposer le changement, Gaid Salah dira que la réalisation de ces objectifs requiert plusieurs étapes nécessitant de la patience, de la compréhension et le rejet de toute forme de violence. Gaid Salah opte visiblement pour une sortie de crise graduelle tout en insistant sur la nécessité de ne point mettre sous tension les institutions de l’Etat déjà fragilisée. En disant respecter les dispositions de la Constitution pour la conduite de la transition, et en insistant sur le fait que toutes les perspectives possibles restent ouvertes afin de trouver une solution à la crise « dans les meilleurs délais », le chef de l’armée algérienne garde un cap constitutionaliste évident, sans pour autant fermer la porte à « d’autres solutions ». En insistant sur l’urgence de trouver une solution, il met visiblement en garde sur le risque actuel d’un Etat rentré depuis dans une situation pré-insurrectionnelle aux lendemains incertains. La démission du président du Conseil constitutionnel Taieb Belaiz intervenant avant le discours de Gaid Salah avait déjà ouvert une brèche pour une sortie, dans le cadre constitutionnel. Une démission qui ne manquera pas de susciter moult supputations sur les scénarios possibles. Cette « étape » sera suivie par d’autres jusqu’à la réalisation de tous les objectifs escomptés, dira Gaid Salah insistant sur la nécessité impérieuse de ne pas entraver le fonctionnement des institutions de l’Etat. Il reste évident que les dérapages de vendredi passé où le pire a été heureusement évité ont fait monter la pression et mis les services de sécurité sous tension. C’est probablement en faisant allusion à ces heurts que le chef d’état-major dira avoir donné des instructions « claires et sans équivoques pour la protection des citoyens », lors des marches. En contrepartie, il invitera les Algériens à « éviter le recours à la violence, de préserver les biens publics et privés ».

L’obsession Toufik
Le chef d’Etat-major a chargé une nouvelle fois le général de corps d’armée Mohamed Mediene en le désignant par son ancienne fonction et en le menaçant sans ménagement de poursuites judiciaires. Cette charge aura d’ailleurs étonné plus d’un, c’est probablement la première fois qu’une telle accusation est proférée de façon directe contre un général à la retraite et ancien chef des renseignements. Cette propension à rappeler à chaque fois un rôle « comploteur » de l’ancien patron du DRS semble confiner à l’obsession pour certains observateurs qui y verront une volonté de désigner « un méchant pour consolider son rôle au côté du peuple ». Déjà évoqué dans son intervention du 30 mars dernier concernant « les réunions suspectes » qu’auraient eu certaines personnalités, le chef d’état-major usera d’un ton vindicatif en affirmant, sans le nommer, que Toufik « continue à s’agiter contre la volonté du peuple et œuvrer à attiser la situation, en approchant des parties suspectes, et inciter à entraver les solutions de sortie de crise. » Ahmed Gaid Salah n’y est pas allé de main morte en insinuant que c’est l’ancien puissant patron des services qui attise la crise et entrave les solutions de sortie de crise. Gaid Salah met d’ailleurs en garde sans ménagement l’ancien patron des services, « Je lance à cette personne un dernier avertissement, et dans le cas où il persiste dans ses agissements, des mesures légales fermes seront prises à son encontre ». Une phrase que d’aucuns considérerons comme significative de « récriminations personnelles » particulièrement négative pour l’image de l’institution militaire, appelée plus que jamais à accompagner le pays pour sortir d’une grave crise politique.