Huitième mardi de mobilisation des étudiants à Alger et à travers le territoire national depuis le déclenchement du mouvement populaire le 22 février dernier. A Alger-Centre, ils étaient, hier, des milliers à sortir dans la rue en ce 16 avril, date de la célébration de la Journée du savoir. Tôt dans la matinée, les premiers manifestants avaient déjà pris place à la Grande-Poste face à un dispositif de sécurité impressionnant.

Refusant de céder aux intimidations et ne craignant guère l’utilisation de la force, qu’ils avaient déjà subie le mardi d’avant, les étudiant et par leur nombre imposant ont fini par faire reculer les forces de l’ordre. En effet, barricadant d’abord la place de la Grande-Poste, lieu emblématique du Hirak, les forces anti-émeutes se sont retirées sous la pression des étudiants vers la rue Pasteur, tandis que d’autres ont établi un cordon pour empêcher les manifestants de remonter vers la place Audin. Mais là encore, ce fut peine perdue, les étudiants ont réussi à franchir tous les barrages et remonter le long de la rue Didouche-Mourad dont ils ont occupé une grande partie. Venus de toutes les facultés d’Alger, des établissements qu’ils ont paralysés depuis le début du mois en refusant de reprendre la voie des amphis, lui préférant celle de la protestation, les étudiants ont fait de ce mardi une journée grandiose. Drapés de l’emblème national et arborant des banderoles géantes revendiquant le départ du système, les étudiants ont scandé en chœur «Bensalah dégage», «Vous avez pillé le pays, voleurs» et «partez tous». A l’annonce de la démission du président du Conseil constitutionnel Tayeb Belaïz, en début d’après-midi, l’ambiance a carrément viré à la fête. Rassemblés sur les marches de la Grande-Poste, les manifestants ont scandé ensemble «il reste encore Bensalah», «Bensalah dégage !». D’abord envoyés en vacances prolongées par l’ex-ministre de l’Enseignement supérieur Tahar Hadjar puis, victimes de la répression des forces de l’ordre, les étudiants ont donné hier une véritable leçon de pacifisme et de solidarité avec une mobilisation plus forte que d’habitude. Cependant, les débats dans le cadre de l’initiative «l’amphi dans la rue» ont été interdits par la police.
A Bouira, la mobilisation a aussi été forte hier. Des centaines d’étudiants du campus universitaire Akli-Mohand-Oulhadj ont manifesté encore une
fois dans les rues. Banderoles et pancartes sur lesquelles les manifestants ont écrit des slogans hostiles au pouvoir en place : «Pouvoir dégage», «Pouvoir assassin», «Ulac Smah Ulac», «FLN, RND dégage»… La démission de l’un des symboles du régime, le président du Conseil constitutionnel, a été accueillie avec joie par les étudiants qui ont aussi demandé le départ des résidus du système. «Toutes les personnes symbolisant le pouvoir sont appelées à partir. Nous n’avons besoin de personne. Bensalah tu n’es pas notre président», ont crié les manifestants.
Démission de
Belaïz : youyous
et cris de victoire
A Tizi Ouzou, la manifestation a drainé la foule des grands jours. Répondant à l’appel de leur syndicat (CLE), près de dix mille étudiants ont manifesté, reprenant les slogans habituels de la révolution populaire. Encore une fois, le départ des «Bedoui, Bensalah et Belaïz» a été réclamé avec insistance. L’annonce de la démission de ce dernier a été accueillie avec enthousiasme. «Pour la dissolution de l’APN, du Sénat et du Conseil constitutionnel !», exigent les étudiants qui ont pris pour cible le chef d’état-major des armées, le général major Gaïd Salah, décrié pour ses choix et ses décisions qui visent à perpétuer le système, soupçonnent les étudiants. A Boumerdès, les étudiants des différentes facultés de l’université M’hamed-Bougara ont investi aussi la rue pour exprimer leur mobilisation pacifique exigeant le départ total du système politique en place.
Ils sont nombreux à scander «Pouvoir dégage !» «Silmiya Silmiya!», «La transition doit être gérée par le peuple». Les enseignants et le personnel de l’université se sont joints aux manifestants qui criaient haut et fort le départ des hommes du système.
A Annaba, plusieurs milliers d’étudiants ont marché pour réclamer le départ des trois «B» et leur refus d’une tenue d’élection présidentielle dans des conditions opaques et sans aucune garantie. Les manifestants ont crié des slogans refusant l’application de l’article 102 de la Constitution, tout en demandant l’application de ses articles 7 et 8. Aucun acte de violence ou de répression n’a été signalé. Les policiers en uniforme étaient d’ailleurs complètement absents.
A Constantine, la manifestation des étudiants a été tout simplement grandiose eu égard au nombre impressionnant qui s’est déplacé des quatre universités de Constantine. Arborant les slogans habituels «qu’ils partent tous», les étudiants ont commencé à s’organiser au centre-ville en créant des carrés «spécialisés» et à s’entendre sur les slogans à inventer. Puis, le cortège impressionnant s’est ébranlé aux alentours de midi pour faire comme d’habitude plusieurs fois le tour des principales artères de la ville. Trois-quarts d’heure plus tard, des cris de victoire et des youyous fusèrent des manifestants que l’on ne comprenait pas, en un premier temps. Une étudiante de l’université Mentouri nous apprendra la raison de la joie exprimée.
L’un des trois «B», Tayeb Belaïz venait de démissionner, information exhibée sur son portable. Commenceront alors d’autres revendications comme «Hadi l’bidaya, mazel mazel», façon d’affirmer que les deux «B» et les autres devront suivre. Au Sud, les étudiants ont aussi répondu favorablement à l’appel de la rue, notamment à Ouargla où la grève a déjà paralysé l’université. Considéré comme le mardi le plus imposant, la journée d’hier a prouvé toute la détermination des étudiants à en finir avec le système dont ils rejettent toute initiative y compris l’élection présidentielle.n