Le poste de président du Conseil constitutionnel est désormais occupé par Kamel Fenniche. D’après des sources concordantes, hier, c’est lui qui remplace en tant que membre du Conseil le démissionnaire Tayeb Belaïz, resté à peine deux mois à la tête de cette institution après sa désignation à ce poste le 10 février en remplacement du défunt Mourad Medelci.
L’arrivée rapide de M. Fenniche à la tête du Conseil met un terme à la question qui a préoccupé durant la journée d’hier les esprits quant au choix de la personne devant assurer la présidence du Conseil constitutionnel, sachant le rôle crucial qui échoit à cette institution dans ce contexte de préparation de la prochaine élection présidentielle prévue le 4 juillet prochain. Une autre interrogation demeure cependant : le successeur de Belaïz est-il la personne acceptée par tous, et le mouvement populaire et la classe politique? Dans le cas contraire, ce sera encore une fois le «rejet» et le retour à la case de départ avec la grave conséquence qui en découlerait en termes de perte d’un temps précieux que l’Algérie ne peut plus se permettre, avec tout ce que cela suppose comme exacerbation de la crise, risques de récupération et de dérapage, etc.
Selon Ameur Rekhila, professeur de droit constitutionnel et ancien membre du Conseil constitutionnel, c’est la grande question qui se pose avec acuité maintenant.
Le docteur Bennacef Mouloud, maître de conférences et professeur en droit constitutionnel à l’Université Alger 1, rappelle que deux solutions étaient possibles pour la succession de Belaïz, à savoir que celui-ci peut être remplacé par le vice-président du Conseil constitutionnel selon la procédure existante dans le règlement intérieur du Conseil.
Il précise également que Abdelkader Bensalah a les prérogatives de «désigner une personne comme président du Conseil constitutionnel afin que ce poste ne reste pas vacant». C’est ce qui s’est produit. M. Bennacef appuie sa déclaration par le fait que la Loi fondamentale lui donne cette prérogative dans son article 104, ajoutant que la personne qui sera choisie devra obligatoirement être consensuelle.

Le Docteur Bennacef souhaite que le choix d’une personne qui fasse le consensus soit effectué après concertation avec la classe politique, les représentants de la société civile et des personnalités nationales crédibles, afin que rien ne vienne par la suite entraver le fonctionnement du Conseil constitutionnel en cette période délicate.
Si les juristes semblent optimistes quant à la succession de Belaïz dans un cadre légal, les politologues ne semblent pas vraiment faire cas de cet événement. Même sa démission ne semble pas, selon eux, ouvrir des perspectives allant dans le sens du dénouement de la crise.
Louisa Aït Hamadouche, maître de conférences et professeur de sciences politiques à l’Université Alger 3, doute que le seul départ de
Belaïz puisse être une réponse qui satisfasse le peuple. «Toutes les manifestations ont clairement désigné les personnalités les plus controversées. M. Belaiz en fait partie. Je doute que le peuple puisse se contenter de la seule démission du président du Conseil constitutionnel», affirme-t-elle, avant de relever que «ce que la population demande, c’est que soit amorcé un véritable processus de transition avec un gouvernement neutre et crédible. Cela signifie que le Premier ministre pourra difficilement tenir et qu’il finira par partir lui aussi, ainsi que tous les membres de son gouvernement». Elle estime, par ailleurs, que dans les conditions actuelles, «il est difficile, voire politiquement impossible, que l’élection présidentielle puisse se tenir à la date prévue». Pour elle, ce qui se passe est tout simplement la preuve que la démarche constitutionnelle amorcée par les tenants du pouvoir est impossible à mettre en œuvre. Un avis partagé par un autre politologue, Kacem Belkacem, enseignant universitaire, qui estime que la démission de Belaïz «n’est qu’une énième manœuvre pour calmer le mouvement populaire qui a exigé le départ, pas
seulement de Belaïz, mais des autres «B» également». L’une des conséquences, selon lui, également, c’est que l’échéance présidentielle ne pourra pas être tenue dans les délais prévus pour le début de juillet prochain.