Pour Abderrahmane Mebtoul, expert international, l’Algérie souffre actuellement d’une « crise de gouvernance et non d’une crise financière ». Le problème est que cette crise de gouvernance risque de se transformer, dans trois années, en crise financière, économique et politique avec l’épuisement des réserves de change. La gouvernance constitue, à l’échelle d’une économie, un catalyseur de changement et de croissance. A l’échelle d’une entreprise, elle est utilisée, comme levier pour la réalisation du développement durable. La mauvaise gouvernance fait partie en fait des obstacles majeurs au développement durable dans de nombreux pays. Dans le cas de pays où le mode de gouvernance reste souvent décalé, la gouvernance d’entreprise des cols blancs a commencé à avoir des retombées sur les cols bleus, et il y a vraiment de quoi s’inquiéter. A contrario, dans les pays où la gouvernance s’est améliorée et où la gouvernance d’entreprise fonctionne correctement, tout P-DG devrait avoir un aperçu assez clair de ce que ses partenaires pensent de ses performances. Avec une plus grande rigueur budgétaire, une meilleure gouvernance, un changement de cap de politique économique, avec un baril entre 60 et 70 dollars, l’Algérie « peut s’en sortir », estime l’expert. Le défi de l’Algérie dans la période 2019 à 2030 est de « réussir les réformes qui seront douloureuses à court terme, mais porteuses d’espoir à moyen et long termes » pour les générations présentes et futures. Mais, si le pays échoue dans cette démarche, cela conduira « inéluctablement à la régression économique et sociale, à la cessation de paiement à l’horizon 2022 avec les risques de tensions sociales». Pour dépasser l’entropie, et trouver des solutions réalistes, il y a nécessité d’établir un bilan serein de tout ce qui a été réalisé et de ce qui reste à faire et de corriger les erreurs du passé, tout en tenant un langage de vérité, mais loin de toute sinistrose. Pour ce faire, l’expert explique que le pays doit avoir une «visibilité cohérente, faire preuve d’une nette volonté politique de changement ». Abderrahmane Mebtoul ajoute que « le développement n’est pas une affaire de quincaillerie industrielle, de signes monétaires, de dépenses monétaires ». De son point de vue, il renvoie à la décision d’ouverture politique et économique, à la gouvernance, à la démocratisation et aux bonnes pratiques de gestion. Et de noter : « Dépenser sans compter n’est pas synonyme de bonne gouvernance. » Mebtoul rappelle que « bon nombre de pays du tiers monde, malgré des ressources naturelles considérables dont ils disposent, n’arrivent pas à asseoir une économie diversifiée dans le cadre des valeurs internationales ». Selon lui, « trois paramètres stratégiques déterminent l’avenir de l’économie algérienne ». Il s’agit du cours du pétrole, de l’évolution des réserves de change et de la pression démographique (plus de 50 millions d’habitants en 2030). C’est là un autre défi à relever.
Pour pouvoir le faire, le pays doit, entres autres, créer un minimum « de 300 000 à 400 000 postes d’emploi par an. Et cela nécessite un taux de croissance annuel sur plusieurs années de 8 à 9% en termes réels». L’Algérie a besoin d’une nouvelle stratégie, loin des slogans creux populistes, s’adaptant au nouveau monde de la cofinance pour sécuriser son avenir, de s’éloigner des aléas de la mentalité rentière, de réhabiliter le travail et l’intelligence, de rassembler tous ses enfants et toutes les forces politiques, économiques et sociales, évitant la division sur des sujets secondaires. Mebtoul estime que l’Algérie, qui traverse une « phase cruciale » de son histoire, a besoin qu’un regard « critique » et « juste » soit posé sur sa situation, sur ce qui a déjà été accompli et sur ce qu’il s’agit d’accomplir encore au profit exclusif d’une patrie.