Après plusieurs semaines d’impasse politique, la situation économique ne fait que se complexifier au fil des jours, ce qui rend la tâche du futur dirigeant du pays aussi délicate que complexe.

Au plan politique, il doit surtout répondre aux nombreuses revendications exprimées par les Algériens depuis maintenant deux mois, alors qu’au plan économique, les annonces doivent être des mesures de rupture avec la politique de la rente et de la dépense publique qui a grippé la machine économique. Dire que la situation est facilement gérable est un mensonge. Diversification de l’économie, réformes bancaire et financière, assainissement des finances publiques, retour aux réajustements budgétaires, réforme de la dépense publique, les subventions, la fiscalité, la fonction publique… Nombreux sont les chantiers qui attendent le futur président. L’urgence est beaucoup plus économique que politique car le pays chavire dangereusement et fonce droit sur l’iceberg. La marge de manœuvre du prochain exécutif sur les questions éminemment économiques sera très limitée car la trésorerie publique est quasiment en faillite, n’était la planche à billets qui continue d’alimenter les caisses de l’Etat sans contrepartie productive. Le report continu, depuis 2014, des réformes structurelles n’a fait qu’aggraver les tensions financières, ce qui a fait des mesures de facilité, telle que la planche à billets, l’unique solution face à la crise. Résultat des courses : le pays est plus que jamais dépendant du prix du baril de Brent et de la dette publique. Il reste confronté à des problèmes importants à court et moyen termes, alors que l’incertitude politique fait craindre le pire, car plus la transition tarde à se concrétiser, plus la situation économique ira en s’aggravant. Les déficits budgétaire et courant restent élevés, de l’avis même des institutions de Bretton Woods qui, il y a quelques jours, ont actualisé leurs données sur l’évolution des agrégats économiques de l’Algérie. La Banque mondiale a prévu la semaine dernière une croissance de 1,9% du PIB réel et des déficits budgétaire et courant qui devraient atteindre respectivement 8,5 et 8,1 % du PIB en 2019. De son côté, le FMI s’attend à un coup de frein de la croissance algérienne en 2019 qui, selon ses calculs, se situerait à 2,3%, soit un peu moins que les 2,7% anticipé en octobre dernier. D’après le FMI, le déficit du compte courant augmentera cette année à 12,5% du PIB, contre 9,1% en 2018, et devrait représenter 9,3% du PIB en 2020. La croissance du PIB réel ralentit fortement conséquemment à la baisse de l’activité dans le secteur des hydrocarbures. Le taux de chômage devrait progresser à 12,6% en 2019 et à 13,7% en 2020, contre 11,7 en 2018, alors que le taux d’inflation devrait connaitre un rebond à 5,6% cette année et à 6,7% en 2020. Les réserves de change ont fortement chuté, se situant désormais à moins de 80 milliards de dollars. La dette intérieure a fortement augmenté depuis 2016 et se situe à près de 40% du PIB.
C’est dire que l’Algérie est confrontée à des défis qui ne sont pas des moindres, ce qui imposera au futur dirigeant un retour inévitable aux opérations d’assainissement des finances publiques ainsi qu’aux ajustements budgétaires. Il sera attendu également sur la nature des réformes à mettre en œuvre. Celles-ci ne peuvent être des mesures de conjoncture car le temps joue en défaveur du pays et l’obligation de résultats est plus que jamais impérative. Un autre modèle de croissance ne tenant pas compte de la rente et de la dépense publique s’impose également afin de pouvoir réussir les défis de la transition économique tant recherchée. Une chose est sûre, l’impasse politique qui perdure pourrait aggraver la situation car le gouvernement actuel n’est mandaté que pour gérer les affaires courantes, alors que la situation de crise suppose que l’on garde un œil très vigilant sur l’évolution de la situation et prendre les mesures adéquates en fonction de la nature de cette évolution. D’où la nécessité de hâter la transition politique pour limiter la casse au plan économique.