PAR INES DALI
La société civile s’organise. On commence à voir ici et là des initiatives de personnalités ou de personnes susceptibles de fédérer le plus grand nombre de citoyens autour de revendications et propositions à même de répondre à la volonté populaire dans ce contexte de douloureuse crise que traverse le pays. De telles initiatives permettront l’émergence de représentants du mouvement citoyen, que l’on disait désorganisé, afin de porter sa voix et dialoguer en son nom. C’est le cas du «Manifeste pour l’Algérie nouvelle», rédigé par un groupe de citoyens et soumis à signature au début de la semaine. Ce groupe est composé d’individualités publiques sans attache partisane actuellement, de personnes engagées dans le combat civique depuis longtemps, d’anciens parlementaires, de journalistes, d’avocats, d’universitaires et autres. Bref, ce sont des personnes venues de plusieurs horizons, selon l’un des initiateurs du Manifeste, Tarik Mira. Considérant que «le pouvoir constituant revient au peuple», que «l’Algérie ne peut rester en dehors de l’aspiration universelle à la démocratie» et que «la meilleure Constitution est celle qui assure l’alternance, la protection des minorités politique, idéologique, religieuse, linguistique et culturelle», les initiateurs du Manifeste soulignent «la nécessité de refonder l’Etat pour l’avènement d’une nouvelle République, notamment par l’édification d’un Etat civil garantissant les libertés de culte, de conscience, d’opinion et la neutralité de l’Armée et de l’administration ; la construction de l’Etat démocratique et social assurant les droits et libertés, la justice sociale et l’égalité des chances». Il propose également l’abandon de l’Etat centralisé, qu’il qualifie d’héritage du colonialisme, et plaide pour la mise en place d’un «l’Etat de droit, condition sine qua non de l’indépendance de la justice et de l’égalité devant la loi». Partant du constat que la corruption a atteint des sommets inégalés en l’absence de séparation des pouvoirs (exécutif, législatif et judiciaire) et devant l’inexistence de contre-pouvoirs institutionnels, les rédacteurs du Manifeste soulignent l’impératif de la séparation des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire, qui sont le fondement essentiel de la justice et de l’équilibre des pouvoirs luttant contre les abus et la corruption. Ils ajoutent que beaucoup de choses sont en train de s’effondrer sous la pression populaire, augurant l’avènement d’une Algérie nouvelle. «Un processus démocratique, fondé sur un socle constitutionnel incontestable et incontesté, doit mettre fin à l’usurpation de la souveraineté populaire», lit-on dans le Manifeste, qui appelle «les patriotes, femmes et hommes, épris de justice et de liberté» à préparer la naissance et le développement de la nouvelle République, en combinant valeurs, principes et fondements de la démocratie avec notre référentiel mémoriel, dont la lutte de libération nationale reste un exemple et l’élément constitutif de l’édification de l’Etat national souverain». L’objectif des rédacteurs du Manifeste, selon Tarik Mira, est de voir adhérer le maximum d’Algériens aux valeurs qu’il contient et d’atteindre un million de signatures. Par la suite, ils prévoient de le soumettre aux autorités concernées. «Je ne parle pas des autorités qui sont en place actuellement, mais d’autres qui seront issues de la société en marche», dit-il. Avant d’expliquer que dans ce Manifeste, «nous ne présentons pas des propositions de sortie de crise, mais un ensemble de valeurs, de principes et de fondements, qui sont liés à la démocratie et aux droits de l’Homme, sans lesquels il n’y aura pas de projet de société qui soit viable pour le peuple algérien». M. Mira tient à préciser que la démocratie à laquelle aspirent les Algériens doit être basée sur deux principes dont l’un ne va pas sans l’autre, liberté et égalité.n