Les étudiants de l’Institut supérieur des métiers des arts du spectacle et de l’audiovisuel (Ismas) ont organisé, hier, un sit-in pour dénoncer le « mépris » de la directrice de l’établissement Fouzia Akkak. Après dix jours de grève, suite aux multiples dysfonctionnements qu’ils disent subir depuis des années, ils annoncent une grève illimitée jusqu’à satisfaction de leurs revendications.

Par Fadila Djouder
Les étudiants de l’Ismas, mobilisés depuis plus de dix jours, ont tenu, hier, une assemblée générale où ils ont réitéré leur volonté de maintenir la pression pour le départ de la directrice de l’Institut, la reconnaissance de leur diplôme en tant que diplôme universitaire et l’amélioration d’une situation qui stagne depuis longtemps. En un mot, ils cherchent tout simplement à faire valoir leurs droits d’artistes.
Dans ce sens, une liste de revendications visant à améliorer leur situation et surtout à faire valoir leur diplôme qui «ne sert à rien » et à remplacer, dans les plus brefs délais, leur directrice qui «n’a aucun lien avec la culture» vu qu’elle est diplômée de l’Ecole de journalisme.
L’une des revendications les plus importantes des étudiants est de revoir leur diplôme, délivré uniquement par la direction de l’Institut et non par le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique ou le ministère de la Culture en respectant l’accord obtenu en 2015 par les deux ministères, ainsi que l’octroi automatique d’une carte d’artiste du ministère de la Culture. Les étudiants revendiquent également le départ immédiat de leur directrice Fouzia Akkak qui est en place depuis cinq ans, diplômée de l’Ecole de journalisme et « qui n’a rien à voir avec le milieu culturel ou celui des artistes » et de la remplacer par une personne du milieu culturel, maîtrisant le domaine artistique et apte à prendre les commandes, afin de satisfaire toutes leurs revendications.
L’un des porte-parole des étudiants Saber Amara, étudiant en troisième année, nous déclare : « Nous faisons face à une administration corrompue. Afin d’être dans un esprit de dialogue, nous avons demandé à la directrice de nous recevoir dès le lancement de la grève, mais elle n’était pas disponible, car elle était en voyage à l’étranger. A son retour, elle ne nous a donné aucun signe. Parmi nos revendications, la destitution de la directrice Fouzia Akkak et son remplacement par une autre personne du domaine artistique et non des médias. Nous respectons son doctorat dans les médias, mais ce n’est pas le nôtre, elle n’arrive pas à maîtriser les enjeux d’une formation artistique.»
Il enchaîne : «Nous demandons aussi la délivrance d’une carte d’artiste à l’étudiant diplômé. Dans ce pays, nous rencontrons des comédiens qui sont montés une fois sur scène et qui ont réussi à avoir cette carte. Alors que nous, qui passons trois ans à étudier, nous n’avons pas droit à cette carte et même notre diplôme n’est pas valable».
Pour sa part, Ibtissem Boudris, qui a obtenu son diplôme en critique théâtrale l’année dernière, a révélé que la prise en charge des étudiants du point de vue de la santé n’existe pas à l’institut, «nous n’avons pas d’ambulance ni aucun médecin». Elle a également appelé à relever le niveau de la formation dans le programme de l’Institut qu’elle décrit comme très inférieur à ceux des pays voisins, comme la Tunisie. Ibtissem Boudris a également appelé à l’ouverture de département de master afin de poursuivre ses études et même celui de doctorat, en expliquant que «pour des raisons personnelles avec quelques étudiants, la directrice n’a pas voulu nous ouvrir le master et le doctorat», confie-t-elle. De son côté, Aymen Abdel Hamid, jeune étudiant en première année d’art de l’acteur, nous a déclaré qu’il avait été fortement désillusionné par l’Ismas. En s’inscrivant à cet institut, il avait l’espoir de se former dans le métier de sa passion et que cela lui ouvrirait les portes du travail dans le domaine et contribuerait à créer un réseau de relations avec les artisans. Les étudiants ont aussi dénoncé quelques actes de vols de matériels appartenant à l’Institut, tels que les projecteurs ou même la machine à café, qui a valu sa place à l’employé du foyer et sa fermeture.
Pour rappel, les étudiants de l’Ismas avaient mené une grève en 2013, notamment pour réclamer un diplôme reconnu équivalent à la licence ou au LMD et pour hisser le niveau de la formation. Aujourd’hui, ces étudiants n’arrivent même pas à trouver un travail, car leur diplôùe n’est aucunement reconnu par l’Etat alors que leur institut est étatique.