A la veille de la 9e marche nationale des étudiants, prévue aujourd’hui, les mouvements de protestation au sein des universités algériennes se poursuivent. Hier, pour la deuxième journée consécutive, les étudiants qui sont arrivés à paralyser leurs établissements, ont tenu des sit-in à l’intérieur des campus, tandis qu’une partie d’entre eux s’est déclarée en grève illimitée et ce jusqu’au départ du système.

En effet, malgré le recours à la répression, comme cela a été le cas lors de la marche des étudiants de mardi dernier, c’est l’effet inverse qui s’est produit avec la multiplication d’actions de protestation et de débrayage. Réclamant le départ de l’ensemble des symboles du système et rejetant l’élection présidentielle du 4 juillet prochain, les étudiants semblent plus que jamais déterminés à en finir avec le système, quitte à sacrifier une année de leur cursus universitaire.
A la faculté centrale Benyoucef-Benkhedda d’Alger, des centaines d’étudiants ont organisé hier un rassemblement à l’intérieur de l’université où ils ont scandé en chœur «Bensalah Dégage» et «République et non une caserne» faisant référence au chef d’état-major Ahmed Gaïd Salah.
Sur les banderoles, des messages hostiles au pouvoir mais aussi des appels au boycott de l’élection qui est déjà compromise face à la généralisation de la désobéissance civile.
Quant à l’USTHB de Bab Ezzouar, la protestation était aussi au rendez-vous avec une marche imposante des étudiants à l’intérieur du campus. Là encore, les cours ont été boycottés suite à la grève.
A Sidi Bel Abbès, ce sont les étudiants ainsi que les enseignants du supérieur qui ont appelé à une semaine de grève renouvelable pour dénoncer la répression des manifestants à Alger. L’ensemble des facultés de l’université Djilali-Liabès est d’ailleurs paralysé par cette action de débrayage. Au Sud du pays, notamment à Adrar, les étudiants ont carrément déserté les amphis en entamant une grève depuis le 4 avril dernier, date de reprise des cours après les vacances. En signe de protestation, ils ont accroché des banderoles sur le portail de l’université pour dire leur rejet du système.
Dans la wilaya de Ouargla, plusieurs dizaines de cadres universitaires et d’étudiants de plusieurs facultés de l’université Kasdi-Merbah se sont rendus dans la zone pétrolière de Haoud Berkaouia, située au sud-ouest de la ville de Ouargla. Ils ont donc parcouru une distance de 30 km à pied sur la RN49, reliant Ouargla à Ghardaïa, à partir du rectorat, jusqu’à la direction régionale de Haoud Berkaoui pour dénoncer la discrimination dont ils sont victimes. Notamment concernant les procédures de recrutement, longtemps pointées du doigt à cause des dépassements et manipulations observés, rapporte notre correspondante. A El Tarf, les étudiants de l’université Chadli-Bendejid, qui comporte six facultés réparties en trois pôles universitaires (fac centrale, Metrouha, Sidi Belgacem) tous dans la périphérie du chef-lieu ont participé à une marche grandiose. Dans le calme et dans une organisation parfaite, les étudiantes et étudiants protestataires ont réclamé le départ de Bensalah ainsi que celui de Belaïz et Bédoui. Les jeunes que nous avons approchés nous ont déclaré : «Pour le bien du pays nous sacrifions le meilleur de nous-mêmes. Nous nous sacrifierons quitte à passer une année blanche. » Après une reprise en dents de scie, le 4 avril dernier, après 28 jours de vacances prolongées, offertes par l’ex-ministre de l’Enseignement supérieur dans une tentative désespérée d’étouffer la contestation, les étudiants, qui ont jusque-là préservé le caractère pacifique de leur mouvement malgré la répression subie, refusent toute négociation avec le pouvoir et réclament un changement radical. Aujourd’hui, et malgré les intimidations, la mobilisation s’annonce aussi forte que la détermination des protestataires.n