Le traitement dégradant et abject subi, samedi dernier, par des militantes du Mouvement démocratique et social (MDS) et du Rassemblement Action Jeunesse (RAJ) continue de provoquer indignation et colère au sein de la société. Dans les milieux militants et associatifs, le « crime » ne doit pas resté impuni. Des militants demandent, suite à cet acte, l’ouverture d’une enquête et la punition contre leurs auteurs.

Des politiques et militants des droits de l’Homme réclament l’ouverture d’une enquête sur cet acte « abject » qui a eu lieu dans un commissariat à Baraki (sud-est d’Alger), où quatre militantes arrêtées ont été contraintes de se « déshabiller complètement » après leur interpellation à Alger-Centre, alors qu’elles participaient à un rassemblement dans l’après-midi de samedi.
Le président du MDS, Fethi Ghares, a dénoncé l’acte perpétré contre des militantes, qualifiant les gens du pouvoir «d’indélicats». «Le traitement subi par les militantes est l’œuvre de gens indélicats, malpolis et ne fait nullement partie de notre culture», a déclaré Ghares, pour qui «ces agissements témoignent de la bassesse de leurs auteurs». Ces gens «sont un danger pour le pays. Ils sont prêts à tout pour leurs intérêts», avertit le président du MDS.
A ce propos, il a appelé les citoyens à poursuivre la « révolution pacifique » et à ne pas tomber dans le piège du pouvoir qui vise à dévier le mouvement populaire vers la violence. Pour lui, «le système est irresponsable et craint le pacifisme». Un fait qui l’a conduit (le système) «à provoquer des incidents pour toucher au caractère pacifique des manifestations enclenchées depuis le 22 février».
Pour sa part, le président de RAJ, Abdelouahab Fersaoui, a dénoncé «une interpellation ciblée et des comportements d’un autre âge», précisant que l’arrestation a eu lieu avant que le rassemblement n’ait lieu. Pour ce dernier, la fouille à corps des militantes est un comportement « inadapté » dans ce genre d’interpellation, dénonçant ainsi des actes qui portent « atteinte à la dignité humaine ». Un comportement, selon M. Fersaoui, à inscrire dans le registre de « l’intimidation et de la pression inutiles sur les militantes et ne visant qu’à démobiliser et décourager les Algériennes à revendiquer leurs droits à la liberté de manifester et de rassemblement ».
La Ligue algérienne pour la défense des droits de l’Homme (Laddh) a, de son côté, interpelé les pouvoirs publics et les autorités judiciaires pour qu’ils situent «toutes les responsabilités et ouvrent une enquête au sujet de ces pratiques », qu’elle qualifie « d’injustifiées et inacceptables ». Pour cette ONG, « l’interpellation est arbitraire et en contradiction avec les libertés publiques». Une position partagée par la militante et féministe Soumia Salhi, qui indique que l’arrestation de manifestants est une pratique « scandaleuse et une grave atteinte aux libertés ». Pis encore, « l’humiliation et le déshabillement sont une atteinte à la dignité de toutes les femmes ». Cet acte, pour elle, ne doit pas rester « impuni et implique qu’on réagisse », explique la militante. Le président du RCD, Mohcine Belabbas, a insisté, quant à lui, sur « l’urgence d’ouvrir une enquête sur l’affaire » des militantes. « L’arrestation des policiers impliqués et leur présentation devant la justice ne suffira pas, parce que cela n’est pas seulement une atteinte à la dignité des militantes et une atteinte aux droits de l’Homme, puisqu’il s’agit d’une sorte de torture », a dénoncé M. Belabbas. Pour le président du RCD, la fouille des militantes est « un message à travers lequel on veut humilier le peuple tout entier », appelant ainsi « le pouvoir réel à assumer toute sa responsabilité ». De son côté, Soufiane Djilali de Jil Jadid, a réagi en déclarant que le Premier ministre, celui de l’Intérieur et le Dgsn sont interpellés, estimant que « la policière ayant commis cet acte barbare ainsi que ses responsables directs doivent être immédiatement relevés de leurs fonctions ». Pour M. Djilali « une enquête doit être diligentée pour savoir qui a donné cette instruction ». n

Le démenti tardif de la sûreté d’Alger

Après une tergiversation qui lui sera difficile d’expliquer, la DGSN a fini par réagir aux informations faisant état d’un traitement dégradant et humiliant subi par quatre militantes arrêtées à Alger-Centre et conduites dans un commissariat de la circonscription de Baraki.
Les informations en question évoquent, en effet, un déshabillement imposé aux filles arrêtées. Ainsi, la cellule de communication de la sûreté de la wilaya d’Alger a nié « catégoriquement» tout traitement dégradant subi par des militantes arrêtées samedi à Alger.
« Les services de la sûreté d’Alger démentent catégoriquement les allégations diffusées à travers des enregistrements vidéos partagés sur les réseaux sociaux selon lesquels 4 citoyennes auraient subi une maltraitance après leur transfert au commissariat de police de Baraki », se défend la DGSN selon la même source. La police explique, à cet effet, que les quatre femmes ont été soumises à «une fouille corporelle, en présence d’une policière », précisant qu’il s’agit d’une « procédure conservatoire visant à délester la personne de toute matière ou outil qu’elle utilise contre elle-même ou un tiers».
En plus des faits graves reprochés aux policiers, la communication de la DGSN vient de marquer le pas. La semaine écoulée, cette institution s’est distinguée par l’émission de plusieurs communiqués en un laps de temps très court au sujet des manifestations.
N. B.