Se retrouvant désormais au cœur d’une crise inédite, l’armée algérienne continue de susciter la controverse, le débat et les avis divergents. La parole du chef de l’état-major Gaïd Salah est scrutée et à chaque sortie sur le terrain, les supputations vont bon train.

Dans une situation des plus tendues, où les Algériens sont dans la rue revendiquant le départ de certaines personnalités, où le gouvernement Bedoui n’arrive plus à activer normalement, et où le chef d’Etat par intérim Abdelkader Bensalah semble en décalage, l’institution militaire apparait comme la seule à pouvoir influer sur le cours des évènements. Des personnalités politiques au fait des arcanes du pouvoir rappellent le rôle de l’armée notamment dans cette crise alambiquée qui maintient le pays sous la menace. Ali Benflis, président de Talaie El Hourriyet, plaide pour une sortie de la crise politique « facilitée » par l’armée sans qu’elle en soit « l’ordonnatrice ».
Pour lui, «seule l’institution militaire peut aider à parvenir à cette solution comme l’exige son devoir patriotique et le sens élevé qu’elle a de ses responsabilités nationales. Il n’est pas attendu de nos forces armées qu’elles soient l’ordonnateur de la sortie de crise, mais qu’elles remplissent un devoir de facilitation, d’accompagnement, de garantie et de protection de la solution de la crise ». Pour l’ancien Premier ministre Mouloud Hamrouche en rejoignant le peuple « dans ses revendications légitimes », le commandement de l’ANP a su sauvegarder le statut national de l’armée. «Il lui reste à contribuer au parachèvement de l’édification de l’État national par la mise en place d’une vraie Constitution et d’institutions de vrais pouvoirs, de régulations, d’habilitations et de contrôles. Cela mettra l’armée définitivement à l’abri des conflits politiques partisans, permettra de servir de base politique au gouvernement ou d’être un outil entre les mains d’un omnipotent », dira le chef des réformateurs. D’autres acteurs politiques n’hésitent pas à crier au « coup d’Etat » à chaque fois que l’institution militaire prend ses responsabilités en décidant d’actions touchant le politique.
Situation de piège
Alors que le chef d’état-major Gaïd Salah est depuis hier sur le terrain à Ouargla, sa parole est scrutée, examinée dans l’attente d’une décision salutaire pouvant ouvrir des portes de sortie et dépasser une situation qui tend à être dangereuse. Il y a à rappeler que certains n’ont pas hésité à qualifier de coup de force les pressions exercées sur le désormais ex-président Bouteflika pour qu’il dépose sa démission, alors que tout le peuple algérien demandait cette décision. La crise actuelle place l’armée au cœur de la décision politique qui engage la nation entière. Certains observateurs estiment que l’armée à travers son premier responsable s’est particulièrement piégée en optant pour une application stricte de l’article 102 de la Constitution. Il y avait matière, à travers la démission de certaines figures rejetées par le mouvement populaire, de trouver une sortie et désamorcer une colère particulièrement déferlante. D’autres analystes estiment que l’Armée algérienne a évité soigneusement à paraître comme intrusive notamment aux yeux de partenaires étrangers qui n’attendraient qu’un faux pas de cette institution pour se donner le droit à l’ingérence.
Il est évident que l’armée algérienne a constitué, et ce, depuis l’indépendance la colonne vertébrale du pouvoir. Et cet état de fait est loin d’avoir changé.
Aujourd’hui plus que jamais, l’institution militaire est attendue pour jouer, encore une fois, son rôle, visiblement inévitable, dans la résorption d’une crise qui menace sérieusement l’avenir du pays.n