Deux mois après le début des évènements politiques que connaît le pays et qui, de l’avis des observateurs, favorisent le transfert de devises vers l’étranger, le ministère des Finances tente de faire barrage à ce fléau en installant un comité de veille et de suivi.
Celui-ci est chargé de suivre l’évolution des transferts en devises vers l’étranger ainsi que de renforcer la vigilance en matière de transactions financières avec le reste du monde. C’est ce qu’a annoncé le département de Mohamed Loukal dans un communiqué posté samedi soir. Ce comité est composé de hauts fonctionnaires du ministère des Finances, de représentants de la Banque d’Algérie (BA) et de représentants de la Communauté bancaire (Abef), précise la même source. L’administration douanière n’est pas partie prenante de cet effort, consenti dans le cadre de renforcer l’arsenal de lutte contre les fléaux liés au change et au transfert illicite de capitaux vers l’étranger. Or, de l’avis des experts, les Douanes doivent être l’une des pièces maîtresses de cette politique de lutte contre la fraude et la corruption. Le ministère des Finances souligne, dans son communiqué, que le comité en question a pour mission de « s’assurer que les opérations de transferts en devises par les banques, en tant qu’intermédiaires agréés, sont exécutées dans le strict respect de la réglementation des changes édictée par la Banque d’Algérie ». Ces opérations sont classées en trois catégories, rappelle-t-il.
La première concerne le règlement des opérations d’importation de biens et services, conformément à la législation et à la règlementation régissant le commerce extérieur et des changes en vigueur. La seconde catégorie concerne, poursuit la même source, les transferts dans le cadre d’investissements à l’étranger effectués par un opérateur résidant en Algérie. Celles-ci ne peuvent être effectuées qu’après autorisation du Conseil de la monnaie et du crédit (CMC). Quant à la troisième catégorie, elle porte sur les transferts des dividendes liés à des investissements directs en Algérie. Ces transferts sont exécutés conformément aux dispositions légales et réglementaires, sur la base d’un dossier constitué dans le strict respect de la règlementation des changes, régissant ce volet. Par ailleurs, s’agissant de transferts de cash, relatifs à des exportations physiques de billets de banque, celles-ci sont encadrées rigoureusement par la règlementation en vigueur. Ils font l’objet d’un contrôle strict au niveau des postes frontaliers par les services compétents, précise encore le communiqué du ministère. Seule certitude, en de pareils moments d’incertitudes politiques contribuant souvent à la prolifération d’actes délictuels, dont la fraude, le transfert illégal de capitaux vers l’étranger ainsi que les infractions à la politique en matière de change. Ces dernières semaines, des rumeurs courent sur une hausse surprise des transferts de capitaux vers l’étranger, ce qui a fait sortir la Banque d’Algérie de ses gonds, niant catégoriquement le prétendu emballement des transferts de capitaux. « Le prétendu emballement des transferts de capitaux, par le canal bancaire, tel que rapporté par des médias, est dénué de tout fondement », ont déclaré de hauts responsables de la Banque d’Algérie, repris par l’APS. Les responsables de la Banque centrale ont relevé à la même occasion qu’au cours des deux premiers mois de 2019, « il n’a été constaté aucune augmentation significative des transferts en devises par rapport aux mêmes mois des trois années précédentes ». A l’invitation du ministère des Finances, les responsables de la Banque centrale et certains dirigeants de banque vont donc siéger dans un comité chargé de débusquer les fraudeurs et les opérations de fuite de capitaux. S’agit-il d’une simple opération de marketing politique ou d’une réelle volonté de lutter contre la fraude et la corruption ? La question s’impose car la conjoncture actuelle donne lieu à des mesures aussi surprenantes que populistes.n