Entamant la huitième semaine depuis le déclenchement du mouvement populaire du 22 février, la mobilisation des citoyens ne faiblit pas. Trois jours après la marche de vendredi, marquée par des débordements et une répression des forces de l’ordre, et au lendemain de l’arrestation de nombreux militants de l’association RAJ et le parti MDS, ce sont les étudiants et travailleurs de différentes entreprises publiques qui sont revenus à la charge, hier, en paralysant leurs établissements.

A Alger, ce sont les étudiants qui ont créé l’événement hier en entamant une grève illimitée et tenant des sit-in pour exiger le départ de tous les symboles du système. Rassemblés à la fac centrale Benyoucef-Benkhedda, ils étaient hier des centaines à scander en chœur « Bensalah dégage », les passants qui observaient la scène de l’extérieur n’ont d’ailleurs pas tardé à faire de même et appeler au départ du chef de l’Etat par intérim. Même ambiance au niveau de la faculté de médecine de Ben Aknoun où les étudiants ont refusé de rejoindre les amphis et ont tenu un sit-in de protestation. La mobilisation était aussi forte au niveau de l’université des sciences et de la technologie Houari-Boumediène (USTHB) de Bab Ezzouar. Les étudiants ont marché dans l’enceinte universitaire, brandissant des pancartes géantes, et appelant au départ des 4B et de tous les symboles du gouvernement. Censés reprendre les cours le 4 avril dernier, les étudiants, qui avaient été envoyés en vacances prolongées par l’ex-ministre de l’Enseignement supérieur, avaient entamé une action de débrayage avant d’être rappelés à la raison par leurs enseignants et les syndicats. Cependant, depuis la répression qu’ils ont subie mardi dernier lors de leur marche, les étudiants ne décolèrent pas et semblent même tenir tête au pouvoir en place qui s’obstine à suivre sa propre feuille de route sans tenir comptes des appels de la rue. En dehors de la capitale, l’heure a été aussi à la protestation, notamment à Aïn Témouchent où des centaines d’étudiants ont organisé une imposante manifestation de rue pour réitérer leur « rejet de toute élection organisée par Bensalah, Bedoui et Belaïz » qualifiés « d’artisans de la fraude ». A El Oued, des étudiants ont carrément bloqué les accès de l’établissement en solidarité avec le mouvement populaire. A Sidi Bel Abbès, l’ensemble des facultés de l’université Djilali-Liabès a été paralysé par la grève des étudiants. En effet, les facultés des sciences de la nature et vie, les sciences économiques et de gestion, du génie civil et la faculté centrale de l’université Djilali-Liabès et quelques départements du campus, ainsi que de l’Ecole supérieure de l’informatique de Sidi Bel Abbès ne fonctionnent plus depuis la reprise. La faculté des sciences économiques et de la gestion est cadenassée depuis plusieurs jours, alors que des pancartes ont été affichées à l’entrée de l’administration de la faculté des sciences de la nature et vie sur lesquelles on pouvait lire « le départ du système pourri pour un enseignement adéquat », d’autres ont brandi le drapeau algérien et des banderoles. Après avoir mis en garde contre une éventuelle année blanche, le Conseil national des enseignants du supérieur (Cnes) a estimé qu’une action de débrayage « ne peut être que néfaste » pour les étudiants, a indiqué Abdelhafid Milat, coordinateur national du Cnes, qui a indiqué que de nombreuses facultés ont déjà cumulé des retards. « Nous avons déjà dénoncé le recours à la grève de la part des étudiants, ils peuvent soutenir le mouvement populaire sans pour autant sacrifier leur année », a-t-il dit.
Les travailleurs maintiennent
la pression
Les travailleurs de nombreux secteurs se sont aussi rassemblés hier pour dire leur rejet total du pouvoir. A Alger, ce sont les candidats aux postes de notaire et d’huissier de justice qui se sont rassemblés devant le ministère de la Justice pour demander l’annulation des concours d’accès à leurs professions. En plus de réclamer le départ du système, ils ont brandi des pancartes appelant à la lutte contre la corruption et à une justice indépendante. A Bouira, les administrations ont été paralysées par la grève.
Les travailleurs des impôts ont de leur côté effectué une marche imposante face à un dispositif sécuritaire renforcé. A Annaba, de nombreux citoyens ont également battu le pavé avant de tenir un rassemblement face au Théâtre régional Azzedine-Medjoubi pour dire leur rejet des élections et toute autre proposition qui ne va pas dans le sens des revendications du mouvement populaire. A Hassi Rmel, les travailleurs de la compagnie nationale pétrolière ont entamé hier une action de débrayage pour réclamer un changement radical. Deuxième action du genre de la part des travailleurs de Hassi Rmel, la première a déjà été fortement dénoncée par les spécialistes du secteur de l’économie.n