Les difficultés des membres du gouvernement actuel à activer sur le terrain sont loin d’être une surprise. Le rejet populaire de l’option Bensalah et du gouvernement Bedoui est tel qu’il ne pouvait en être autrement. Il était visible dès le départ qu’une telle évolution ne cadrait pas avec les revendications de la majorité des Algériens sortis l’exprimer dans la rue. La persistance dans la voie actuelle proposée comme la seule possible face à des «exigences» jugées « irraisonnables » du mouvement populaire pourrait constituer un pari risqué. A trop forcer le passage, il y a un risque évident de voir s’abîmer sérieusement l’autorité de l’Etat. Un ministre, c’est l’image même de l’Etat. L’autorité a le devoir de la protéger. Il est évident que la solution à la crise est politique et non pas sécuritaire. C’est pour résorber des crises, en apparence sans issue, que la politique a été inventée. Un seul ennemi, le temps. Il est devenu visible que plus le temps passe plus la possibilité d’une solution consensuelle devient difficile. Cependant, malgré les entraves, la crise engendre la détermination, dit-on. La raison d’Etat découlant des intérêts supérieurs de la Nation exigerait de passer outre des postures de principes pour débloquer une situation qui met, visiblement, le pays en danger. Il est aujourd’hui devenu impératif de « sacrifier » des hommes impopulaires, qui plus est, dans l’intérêt de l’Etat. Le mouvement populaire inédit depuis l’indépendance du pays est, aujourd’hui, une réalité, une Algérie nouvelle avec laquelle il faudra désormais compter. Et sur laquelle on peut compter. Les Algériens tiennent à la stabilité de leur pays. Le refus allergique de toute ingérence étrangère en est la plus parfaire illustration. Le caractère pacifique du mouvement de revendication pour un changement véritable a été possible parce que l’écrasante majorité des Algériens tient à l’intégrité de son pays. L’impasse dans laquelle est désormais bloquée l’Algérie aura besoin de toute la lucidité de ses hommes. De tout leur sens patriotique.