Hier, des manifestants ont encerclé le ministre de l’Energie et l’ont empêché de sortir de l’aéroport à Tebessa. Samedi, la visite d’une délégation ministérielle dans la wilaya de Béni-Abbès et dans plusieurs communes de cette région, a été annulée à cause d’un mouvement de protestation populaire qui s’est opposé à cette visite. Ce qui a poussé le ministre de l’Intérieur à écourter sa visite à Bechar en raison de l’opposition de la population locale.

Le 7 avril, le nouveau ministre des Travaux publics et des Transports a dû annuler sa visite dans des chantiers à Alger en raison du mécontentement de la population. Les ministres du gouvernement Bedoui semblent avoir les plus grandes difficultés à tenir des activités normales face au mécontentement populaire. Ce gouvernement, mis en place avant la démission du président Bouteflika le 2 avril dernier, semble subir un rejet populaire flagrant. Mis en place pour assurer une période de transition, ce gouvernement dit d’affaire courante est depuis sa mise en place au cœur d’une vague de critiques visant sa composante. Les différents ministres du gouvernement Bedoui ont été brocardés et initialement critiqués du fait d’avoir accepté de figurer dans un gouvernement « en manque de légitimité». La légitimité du gouvernement Bedoui semble ainsi sérieusement écornée au vu des différentes sorties de ses ministres sur le terrain. Les difficultés à entamer des activités des plus ordinaires pour certains sans se faire huer par la population sont symptomatiques de la complexité de la crise actuelle. Lorsque des ministres subissent les slogans en vogue dans le mouvement populaire, cela confirme une situation fort inquiétante. Il est indéniable que ces complications vécues par les représentants de l’actuel gouvernement à tenir des activités normales à travers le territoire national est un signe révélateur des rapports actuels entre gouvernants et gouvernés.
Atmosphère de rejet
Le mouvement populaire, qui exprime toujours le rejet de Noureddine Bedoui, de son gouvernement et de l’actuel chef d’Etat Abdelkader Bensalah, garde toujours sa mobilisation. Les heurts enregistrés vendredi dernier au centre d’Alger devraient ajouter à la détermination d’un mouvement populaire emmené par une jeunesse qui semble déterminée à imposer le changement dans le pays. La décision de passer par l’application stricte de la Constitution avec quasiment le même personnel politique semble être toujours une mission périlleuse tant la défiance populaire reste palpable. Alors que le chef d’Etat par intérim, Abdelkader Bensalah a convoqué le corps électoral pour le 4 juillet prochain conformément à l’article 102 de la Constitution, il reste visiblement difficile à imaginer un minimum d’adhésion dans les conditions de tension actuelles. La gestion de l’après-Bouteflika semble particulièrement difficile, la crise découlant de sa démission dans des conditions de tension extrême a évolué en une impasse qui met l’avenir du pays en danger. Si aujourd’hui la délégation d’un ministre de la République a la plus grande difficulté à assurer une activité dans un minimum de sérénité comment serait-t-il possible d’organiser l’élection présidentielle et la sécuriser.
Dans une atmosphère de rejet massif, il sera à l’évidence très difficile d’entamer un processus électif qui requiert un minimum de préalables et d’approbation. Il reste probablement plus laborieux d’organiser la présidentielle dans l’indifférence des électeurs que dans une atmosphère surchauffée et de rejet affirmé. Les jours prochains verront la poursuite du mouvement populaire qui semble déterminé à aller de l’avant. Les autorités sont plus que jamais interpellées afin de trouver une sortie de crise en prenant en compte les revendications populaires exprimées de façon claire. Et de dépasser une impasse qui commence à exprimer des signes de pourrissement. n