La rue a encore parlé, mais cette fois, la violence a répondu. Une violence que l’on croyait consommée au temps des sombres années rouges. Finalement, tapie dans les recoins du tunnel des facultés d’Alger ou au détour d’une rue de traverse du boulevard Mohamed V, elle s’est invitée au vendredi des contestations, 8e du nom. Même si la répression n’a pas été d’une brutalité stalinienne, il n’en demeure pas moins que le revirement du traitement des manifestations par la DGSN a de quoi étonner, et même si des signes précurseurs en semaine alertaient sur un changement de registre de la Sûreté nationale. Les communiqués de cette dernière illustraient une mutation de la méthode « khawa, khawa », car la suspicion d’infiltrés dans les rangs du Hirak d’étrangers disposant d’un arsenal datant de la période sanglante des automnes 90, et d’une manipulation des foules, présageaient la fin des manifs baba cool. L’arrestation d’une centaine de personnes répondant aux profils affichés par la DGSN devait nous renseigner un peu plus sur « la main étrangère » et disculper les manifestants de toute violence et les policiers de toute brutalité, si les suspects avaient été traduits devant la justice pour flagrant délit. Tout cela n’augure rien de bon et ajoute un flou loin d’être artistique à une situation déjà très indistincte. Le peuple, ne demandant plus mais devient adepte d’exigences, ne se laissera pas voler « sa » révolution, et les mains, étrangères ou locales, n’abandonneront pas aussi facilement pouvoir et fortune. Pourtant, d’autres prémices indiquent la difficulté qu’aura le gouvernement Bédoui dans ses missions au vu du frileux accueil sur le terrain, et Bensalah et Belaïz ne pouvant sûrement pas faire de la résistance ad aeternam. De l’autre côté, les magistrats annoncent leur boycott de la supervision de la présidentielle. Benflis n’en finit pas de tendre sa main à l’Armée en s’accrochant désespérément au char qui le conduira à la présidence, Ali Laskri se fait chasser du siège du FFS par les militants, Ouyahia le sera bientôt par ses pairs, le FLN devient muet, et Assoul a redécouvert l’eau chaude en affirmant que la violence engendre la violence. Bref, tout ce beau monde ne fait que tourner en rond.
Et le résultat est là : le peuple est dans la rue, le gouvernement tient à sa feuille de route, la crise s’amplifie, l’impasse se développe et bien malin celui qui pourrait repérer le bout du tunnel.