Sitôt le rendez-vous annoncé, sitôt il enregistre les premières défections. L’élection présidentielle prévue pour le 4 juillet prochain, selon l’annonce du chef de l’Etat par intérim Abdelkader Bensalah, est d’ores et déjà boycottée par les magistrats. La décision a été entérinée hier à Alger alors que l’opération portant révision des listes électorales est fixée pour la période du 16 au 23 du mois en cours.
Le verdict, pour ainsi reprendre un vocable très familier aux concernés, a été prononcé lors d’un rassemblement, tenu dans la matinée d’hier, devant le siège du ministère de la Justice en présence des avocats, qui n’ont pas hésité, à applaudir une décision qu’ils qualifient de «judicieuse». «Nous avons décidé irrémédiablement de boycotter la supervision de l’élection présidentielle du 4 juillet 2019», a déclaré, sur les lieux, Saad Eddine Merzougui, porte-parole du Club des magistrats. «Nous refusons de faire un faux témoignage pour des élections dont les résultats sont connus d’avance», a-t-il encore clamé.
Ce boycott ne manquera pas d’affaiblir davantage un processus électoral déjà décrié par l’opinion nationale malgré les assurances du chef de l’Etat fraîchement installé et du gouvernement qui tentent d’accréditer leur promesse d’un scrutin dans la transparence.
Devant le siège du ministère de la Justice, ces deux corporations ont été rejointes par des notaires et des huissiers de justice, ce qui a renforcé la mobilisation du secteur plus que jamais engagé aux côtés du mouvement populaire. Les personnes rassemblées ont réclamé, notamment, «l’indépendance de la justice et la séparation des trois pouvoirs de l’Etat : le législatif, l’exécutif et le judiciaire», demandant également à ce que la transition se fasse sans les instances et les figures du régime en place.
Lors du rassemblement auquel ont pris part plusieurs noms connus, dont Mostefa Bouchachi, Salah Dabouze et Noureddine Benissad, les avocats ont notamment dénoncé les pressions exercées sur les magistrats dans des affaires dites délicates.
«Des citoyens ont été arrêtés parce qu’ils ont dénoncé la dilapidation de l’argent public», martèle l’avocat Salah Dabouze. Il revendique de donner la «liberté aux magistrats d’ouvrir des enquêtes relatives aux affaires de corruption, sans qu’il y ait des décisions ou des pressions de la part des autorités». Il a appelé, dans ce sens, les magistrats ayant subi des pressions à ce qu’ils dénoncent «ces faits». «Dénoncez la pression que vous vivez et nous allons vous défendre jusqu’au bout. On est fiers de vous», a-t-il ajouté. C’est une revendication des juges également, qui appellent «les autorités à libérer la justice et à ouvrir des dossiers de corruption», dit l’un des juges rencontrés sur les lieux.
Zoubida Assoul, avocate et présidente de l’Union pour le changement et le progrès (UCP), a rappelé, pour sa part, les positions des robes noires favorables à «l’instauration d’un Etat de droit et la défense des droits des citoyens qui réclament l’instauration d’une période de transition avec de nouvelles figures».n