Au lendemain du huitième vendredi de mobilisation populaire réclamant le départ du système, une journée qui a été marquée par le nombre impressionnant de manifestants, mais, surtout, par des débordements et répression de la part des forces de l’ordre présentes en surnombre, de nombreux acteurs de la société civile et de syndicats ont dénoncé « une tentative de porter atteinte » au caractère pacifique du mouvement populaire. C’est le cas de l’association Rassemblement Action Jeunesse (RAJ), dont le président Abdelouahab Fersaoui a dénoncé « la volonté du gouvernement d’étouffer le mouvement populaire ».
Tout en saluant le pacifisme et la maturité des manifestants, Abdelouahab Fersaoui a estimé que seul le pouvoir est responsable face aux dépassements observés vendredi. «Les débordements qui ont eu lieu en fin de journée relèvent de la responsabilité du pouvoir car il y a bien eu provocation des manifestants. D’ailleurs, les intimidations ont commencé bien avant, au courant de la semaine, avec la répression de la marche des étudiants, mardi dernier, et celle initiée par la Confédération des syndicats algériens », a-t-il indiqué. « Ce vendredi, nous avons observé un énorme déploiement des forces de l’ordre au niveau de la place de la Grande-Poste. C’est d’ailleurs la densité de la foule qui a contraint la police à se retirer. Sans oublier l’autre provocation, avec la fermeture de l’ensemble des accès menant vers Alger», a précisé notre interlocuteur. En ajoutant : « Il y a une volonté délibérée de casser cette mobilisation pacifique, une volonté du pouvoir d’étouffer le mouvement. Heureusement que le peuple algérien n’est pas tombé dans le piège. La sortie des citoyens en masse est un référendum qui rejette la feuille de route du gouvernement qui aspire à organiser une élection présidentielle dans trois mois pour avoir suffisamment de temps pour se régénérer. » Dans ce sens, le président de RAJ a déploré que le pouvoir est « allé vers une transition clanique, dans laquelle l’armée a pris le plein pouvoir au lieu d’aller vers une transition démocratique tant clamée par le peuple ».
De son côté, Boualem Ammoura, président du Syndicat algérien des travailleurs de l’éducation et de la formation (Satef), a fortement dénoncé la répression de la manifestation de vendredi. «Le pouvoir est en train de revenir à ses vieux démons avec un recours démesuré aux moyens de répression dans une manifestation pacifique. Il relève de l’acte criminel de jeter des bombes lacrymogènes sur de jeunes enfants présents dans la marche et au niveau du tunnel des facultés où les gens se sont étouffés ! La DGSN peut apporter des démentis, mais ce sont des faits que nous avons vus de nos propres yeux. A l’ère des nouvelles technologies, il est quasi impossible de masquer la réalité », a indiqué le syndicaliste. « Les manifestations ont jusqu’à vendredi 12 avril eu lieu dans le calme le plus total, pourquoi ces débordements surviennent maintenant, à ce moment précis, alors que le chef de l’état-major a donné des assurances au peuple algérien quant à la préservation du pacifisme des manifestations», a-t-il dit. Le syndicaliste a appelé le peuple à rester calme et ne pas céder aux provocations afin de préserver le caractère pacifique du mouvement.
« Le pouvoir veut installer la violence pour justifier la répression, il ne faut pas céder », a-t-il conclu. Le Conseil national des enseignants du supérieur n’a pas tardé non plus à réagir aux événements qui ont marqué la journée de vendredi, en condamnant fermement la répression des manifestants et le recours à la violence de certains casseurs. «Rien ne justifie le tir de bombes lacrymogènes sur des manifestants pacifiques. Cette répression n’annonce rien de bon et pour cela, les Algériens se doivent de ne pas céder aux provocations. Nous avons accompli beaucoup de choses jusque-là, c’est pour cela qu’il sera inadmissible de tomber dans le piège. Nous nous devons de réfléchir à une véritable sortie de crise excluant tous les symboles du système rejetés par le peuple », a indiqué Abdelhafid Milat, coordinateur national du Cnes.