Le huitième vendredi aura été comme prévu, les Algériens sont sortis en masse exprimer leur rejet de l’option de sortie de crise par la voie de la Constitution prônée par le pouvoir.

Le chef d’Etat par intérim Abdelkader Bensalah intronisé mardi dernier a déjà convoqué le corps électoral pour des élections présidentielles le 4 juillet prochain. Cette application stricte des possibilités prévues par la Constitution ne semble pas avoir l’adhésion de la population qui y voit toujours non seulement une perpétuation du système, mais surtout une tentative de dévoyer la volonté populaire. Cette situation fait plus que jamais basculer le pays dans une véritable impasse qui met face à face le peuple algérien et l’institution militaire. Cette impasse est accentuée par l’absence de confiance envers le pouvoir, une défiance qui accentue l’équivoque actuelle entre les décideurs et le peuple. Il y a aujourd’hui comme un décalage entre le pouvoir qui s’est déjà installé dans une application stricte de la Constitution pour pallier la démission du président Bouteflika le 2 avril dernier et la réalité du terrain : des millions d’Algériens qui n’hésitent plus à sortir dans la rue pour exprimer des revendications politiques précises : le départ de certaines personnalités et l’entame d’un véritable changement. Encore une fois pour ce énième vendredi, le mouvement populaire ne faiblit visiblement pas et semble désormais s’installer durablement dans le paysage algérien. Et de fait, l’élément de la rue devient aujourd’hui « problématique » pour toute organisation d’une opération électorale normale. En effet, il est particulièrement invraisemblable de vouloir organiser l’élection présidentielle dans les conditions de refus actuelles. Les slogans qui ont accompagné les marches de ce vendredi insistent toujours sur le départ de certaines figures de l’ère Bouteflika dont l’actuel chef d’Etat. Ce dernier aura la lourde tâche d’organiser un scrutin qui semble déjà mal engagé. La mise en place d’une commission indépendante de surveillance de ces élections se pose déjà avec acuité. Sur quelles bases légales pourra-t-il se reposer pour installer une telle structure qui devrait impérativement réunir un maximum de crédibilité pour pouvoir activer ? Comment garantir un minimum de sérénité pour entamer une campagne électorale durant laquelle les candidats peuvent allègrement sillonner le pays pour convaincre les éventuels électeurs ? La classe politique jouera-t-elle le jeu dans une conjoncture où le fait même d’accepter un poste de ministre est assimilé à une véritable trahison ?
Les autorités qui semblent avoir déjà engagé la machine semblent probablement en partie parier sur un essoufflement du mouvement populaire notamment durant le mois sacré du Ramadhan. Un pari qui pourrait s’avérer particulièrement porteur de gros risques. Il faudrait en revanche redoubler d’imagination pour trouver des solutions à cette situation de crise aiguë qui pourrait emporter tout le monde dans son sillage. L’institution militaire, qui s’est engagée à rester fidèle à la Constitution notamment dans son article 7, stipulant que le peuple est la source du pouvoir, devrait disposer des éléments nécessaires pour savoir si des élections présidentielles sont possibles en l’état. Et comment le mouvement populaire devrait évoluer dans les semaines avenir. C’est sur cette base que des décisions devraient impérativement être prises. Pour l’intérêt du pays et de sa sécurité.