Huitième vendredi de mobilisation des citoyens à Alger et à travers le territoire national depuis le déclenchement du mouvement populaire le 22 février dernier. Rejetant de fond en comble les propositions de sortie de crise du gouvernement, y compris l’annonce faite par le chef de l’Etat par intérim, Abdelkader Bensalah, sur l’organisation de l’élection présidentielle le 4 juillet prochain, les manifestants restent catégoriques en exigeant le départ de tous les symboles du système.

Hier encore, ils étaient des centaines de milliers à envahir les rues de la capitale face à un dispositif sécuritaire renforcé. Bien que l’ensemble des accès menant à la capitale ait été bloqué la veille par des barrages de la Gendarmerie nationale, la mobilisation a été très forte dès la matinée. D’ailleurs, la densité de la foule a contraint les forces de l’ordre à plus d’une reprise de faire marche arrière et céder. Hommes, femmes et même enfants ont été de la partie scandant en chœur « Bensalah dégage», «Gaïd dégage», «Dégagez tous» et «Vive l’Algérie». Sur les pancartes arborées par les manifestants, on pouvait lire des messages accusant Gaïd Salah d’avoir lâché le mouvement populaire. «Nous sommes arrivés à la mi-temps mais Gaïd a vendu le match », tandis que d’autres appellent Bensalah à présenter sa démission. Lassé par ce qu’il qualifie de «manœuvres du gouvernement», le peuple n’a jamais été aussi clair qu’hier. Au tunnel des facultés, ils étaient des milliers à scander en boucle «partez tous». Les manifestants, déterminés à aller jusqu’au bout, ont appelé hier à la mise en place d’une période de transition avec de «nouvelles têtes» rejetant ainsi toute solution constitutionnelle. Sur certaines pancartes, des manifestants ont appelé à l’application des articles 7 et 8 de la Constitution mais aussi la dissolution du Parlement « de la honte». Même si l’humour est toujours de mise, la colère et le ras-bol des citoyens étaient hier bien palpables surtout que le gouvernement «s’obstine», selon les protestataires, à exécuter sa feuille de route en dépit de la contestation populaire.
Les forces de l’ordre, visiblement dépassées et ne pouvant contenir la marée humaine qui déferlait sur Alger-Centre, n’ont pas hésité à user des canons à eau pour disperser les marcheurs.
Les manifestants, qui ont préservé le caractère pacifique de la marche, se sont montrés très résistants et ont refusé de céder. Cependant, des informations relatives à des affrontements entre les forces de l’ordre et les manifestants, faisant même état de blessés, n’ont cessé de circuler sur les réseaux sociaux et sites d’information. Plus tard, dans la journée, la police, qui s’est défendue d’avoir réprimé les manifestants, a annoncé l’arrestation d’un groupe de criminels qui s’apprêtait à attaquer les marcheurs. Dans un communiqué divulgué hier, le Direction générale de la Sûreté nationale (DGSN) a indiqué que des étrangers venus pour attiser les tensions et pousser les jeunes Algériens à recourir à des formes d’expression radicale durant les marches populaires, que connaît le pays depuis le 22 février dernier, ont été interpellés.
Cependant, aux alentours de 17H, c’est un groupe de casseurs qui s’en est pris aux forces de l’ordre sur les hauteurs d’Alger. Cette fois, ce sont les jeunes du quartier qui se sont interposés pour maintenir l’ordre.
« Vive l’Algérie »
A Tizi Ouzou, ni le ciel gris ni le discours ferme de la veille de Gaid Salah n’ont dissuadé le peuple à investir la rue. Une véritable marée humaine de femmes et d’hommes, était plus que jamais déterminée à ne céder aucune de ses exigences. Une détermination perceptible à travers des slogans « Nous marcherons jusqu’à la victoire », « Nous refusons de plier ! ». « Nous (le peuple) sommes unis, vous êtes finis ! », lit-on sur des cartons brandis au-dessus des têtes. Et puis, il y a ces slogans qui constituent une réponse aux déclarations du chef de l’Etat, A. Bensalah et du général-major Gaid Salah, chef des armées, deux personnages qui semblent cristalliser la colère de la rue qui tient toujours au « dégagisme » brandi contre tous les hommes qui représentent le système : « Yatnahaw ga3 », « Non au clonage du système ! » tranchent de nombreux marcheurs. «Ulac lvot (pas de vote)», ont scandé d’autres qui ont également exprimé leur rejet la présidentielle annoncée pour le 4 juillet prochain par Bensalah. Certains manifestants ont tenu à rappeler à Gaïd Salah que les exigences du peuple ne sont pas contraignantes (allusion à la formule puisée dans son discours de mardi dernier, à Oran). « Aucune Constitution ne peut s’élever au-dessus de la volonté du peuple !», a-t-on lu encore sur des affiches.
A Bouira, ils étaient des milliers à battre le pavé. Venus de toutes les localités de la wilaya, les manifestants, ont à l’unanimité, rejeté la « nouvelle offre » des tenants du pouvoir quant à l’organisation d’une élection présidentielle prévue pour le 4 juillet prochain. Le rejet du peuple a été exprimé à travers des slogans portés sur des pancartes et banderoles brandies par la foule tout comme les marcheurs ont scandé des slogans hostiles au pouvoir en place : «FLN dégage !»,
«Y en a marre de ce pouvoir. Libérez l’Algérie. Le peuple veut la chute du régime » ou encore les traditionnels « Pouvoir assassin » et «Ulac Smac Ulac». Néanmoins, des manifestants ont déployé des pancartes et slogans hostiles au général de corps d’armée, Gaïd Salah : « No to military Rule ». La procession s’est déroulée dans le calme et aucun incident n’a été constaté. Par ailleurs, et contrairement aux vendredis passés, la circulation automobile a été fortement perturbée sur le tronçon autoroutier allant vers Alger. Plusieurs barrages filtrants de la Gendarmerie nationale ont été mis en place, près de Lakhdaria et à la sortie des tunnels de Bouzegza, ont fait savoir des citoyens.
« Transition sans Bensalah »
A Boumerdès, des milliers de citoyens sont sortis en masse pour exiger un changement radical du système. Tout en dénonçant les manœuvres du pouvoir pour faire perdurer le système en place, les citoyens rejettent les hommes du système qui sont toujours aux commandes du pays. « C’est le peuple qui doit mener la transition et non les hommes du système et encore moins Bensalah, Bedoui et Belaïz », criaient les manifestants.
A Annaba, malgré les pluies torrentielles qui se sont abattues, des dizaines de milliers de manifestants ont défilé sous leurs parapluies pour faire entendre leur voix. Ils ont refusé en bloc les «solutions constitutionnelles» proposées par un chef d’Etat jugé « illégitime» et approuvées par le général du corps de l’armée et vice-ministre de la Défense nationale, Ahmed Gaïd Salah. «Bensalah, dégage», «Gaïd Salah dégage», «système, dégage», ont-ils scandé. Sur les banderoles et pancartes on pouvait lire des slogans hostiles à Bensalah et Gaïd Salah ainsi que d’autres qui exigeaient au chef d’état-major de tenir parole et d’exécuter la volonté populaire. «Nous disons au chef d’état-major : soit le peuple ou le clan, il faut faire un choix», pouvait-on lire sur une énorme banderole. Le peuple fait tout de même la différence entre l’institution militaire et celui qui la dirige : «Ni peur, ni terreur ; l’armée appartient au peuple», pouvait-on lire sur une autre banderole. Pour la huitième semaine consécutive, les manifestations ont gardé leur caractère pacifique. A Constantine, la pluie n’a pas dissuadé également les centaines de milliers des « habitués » des sorties de s’abstenir de manifester. Les revendications ont été bien sûr actualisées en fonction des annonces de Gaïd Salah, celles des autres, étant d’ores déjà rejetées. Les Constantinois ont donc mis en avant les revendications de tous les Algériens en exigeant, comme vendredi dernier, le « dégagement » des trois « B », et le refus d’aller à des élections organisées par les mêmes acteurs « faussaires » d’hier. De leur côté, les femmes ont fait démentir les actes d’agression verbales à leur encontre, en formant des carrés 100% féminin, où elles ont pu exprimer leurs courroux envers « ceux qui ne veulent pas comprendre ».
A Bordj Bou Arréridj, l’acte VIII du mouvement de protestation a encore drainé des centaines de milliers de manifestants. Toujours dans la même ambiance festive, les marcheurs ont sillonné des kilomètres en scandant des slogans à la gloire de « fakhamatouhou le peuple » et hostiles à « la bande». Des fresques aux couleurs vives ont été érigées, mais aussi des graffitis et des portraits en caricature, tirés à l’effigie des « 3 B» n’ont laissé personne indifférent. Et en fin de marche, les manifestants se sont dispersés en se donnant rendez-vous à vendredi prochain ou dès que de besoin. Et de huit à Mila aussi ! Les habitants ont encore marché brandissant des banderoles hostiles à Bedoui, Belaïz, Bensalah et au FLN et clamant haut et fort leur animosité au pouvoir « illégitime » en place. « Nous avons marché, nous marchons et nous marcherons encore » est la devise de tous les marcheurs. Jeunes et vieux, hommes et femmes jurent par Allah de ne s’arrêter de marcher que le jour où les hommes du système disparaîtront des sphères d’El Mouradia. « Yatnahaw gâa », «Ils partiront » et « nous vaincrons » sont les mots d’ordre des marcheurs.
« C’est le peuple qui doit mener la transition »
Même topo à Oum El Bouaghi. «Transition sans Bensalah», «Souveraineté par le peuple», «Système dégage» et «transition sans les 4 B» sont entre autres les slogans entonnés par les milliers de manifestants venus de plusieurs coins de la wilaya pour signifier le rejet de la nomination de Abdelkader Bensalah comme chef de l’état pour une période de 90 jours.
A El Tarf, les manifestants plus nombreux que les autres vendredi criaient haut des slogans hostiles au régime et brandissaient des pancartes sur lesquelles on pouvait lire « Pas d’élection avant le départ des trois B», «L’application des articles 7 et 8», «Jich Chaâb, Khawa khawa. «Vingt millions d’Algériens vous demandent de partir. Partez avec dignité. Vous vous accrochez à la Constitution. Vous ne l’avez jamais respectez », a-t-on entendu. «On ne peut organiser des élections propres et honnêtes avec les mêmes figures de l’ancien système», ont ajouté d’autres manifestants. Pour ce huitième vendredi consécutif, les manifestants ont aussi dénoncé la répression des jeunes étudiants à Alger à Tlemcen, c’est un véritable tsunami. « Dégage Bensalah ! » et autres slogans hostiles étaient scandés haut et fort par les milliers de manifestants lors de l’imposante marche de ce 8e vendredi décisif. « Gaïd Salah a tourné le dos au peuple » est la sentence populaire exprimée par la foule à cette occasion, à la suite du dernier discours du chef d’Etat-major prononcé à Oran. «B+B+B= élections truquées », assorti de « 4 Juillet= deuil national », étaient brandis sur des pancartes. « Bled bledna, wa dirou raïna » était également le slogan favori des marcheurs qui réclamaient le départ de la « içaba » pour une vie meilleure en Algérie. A Sidi Bel Abbès, les Bélabessiens sortis dans la rue ont également manifesté contre le pouvoir actuel et exigé le départ du chef d’Etat par intérim Bensalah, ainsi que celui du Premier ministre Bedoui. Même cas de figure à Ouargla où les manifestations contre le « système » se poursuivent et s’intensifient. Les habitants descendus dans la rue ont rejeté la feuille de route du gouvernement et appelé Bensalah et Bedoui à partir. Ils ont appelé à l’application des articles 7 et 8 de la Constitution qui donnent le pouvoir au peuple. A Ghardaïa, ils étaient des milliers de personnes pour rejeter toutes les figures du système, particulièrement Bensalah, le nouveau chef d’Etat par intérim.n