Le Centre culturel français (CCF) d’Alger et l’ambassade du Mexique en Algérie ont rendu un hommage au révolutionnaire mexicain Emiliano Zapata dans la soirée de mercredi dernier, à l’occasion de la commémoration des cent ans de la disparition de ce héros de la lutte mexicaine contre la dictature, en projetant le long métrage qui retrace sa vie et son combat, réalisé en 1952 par Elia Kazan et écrit par John Steinbeck intitulé «Viva Zapata !».

Selon Ahmed Bedjaoui, critique algérien, « Viva Zapata ! est un film qui a fait une bonne carrière à l’époque de l’Algérie coloniale. Il a été diffusé à Oran les premiers jours de sa sortie», a-t-il dit. Et d’ajouter : « Il est, d’ailleurs, très connu autant en Algérie qu’au Mexique ». Pour ce même critique, « Viva Zapata ! » est un film qui a influencé et inspiré la population algérienne de l’époque, entre autres, le martyr algérien Ahmed Zabana. «Le peuple algérien a bien accueilli ce film. A l’époque coloniale, le cinéma a joué un rôle très complexe dans le mouvement libérateur », a-t-il estimé.
Selon Ahmed Bedjaoui, sur le plan technique et de la narration, « le film est superbe».
Pour sa part, l’ambassadeur du Mexique en Algérie Juan Gonzalez Mijares a évoqué, à l’occasion de sa présence à cette projection, le côté historique de ce héros, en soulignant que le « 10 avril 2019 marque les cent ans de sa mort. Durant la révolution mexicaine, il s’est distingué par son infatigable combat. En 1911, il a mené le combat des paysans mexicains contre le régime en place». De plus, le diplomate mexicain a mis l’accent sur la relation entre l’Algérie et le Mexique en matière de lutte pour la libération des peuples du joug de l’oppresseur. A ce propos, il a notamment fait allusion à l’ouvrage de Boualem Nedjadi, titré «Viva Zapata !», où il raconte l’histoire héroïque d’Ahmed Zabana. Emiliano Zapata Salazar (1879-1919), connu également sous le nom de « Caudillo del Sur », qui veut dire « chef militaire du Sud », est l’un des leaders militaires les plus importants de la révolution mexicaine. Il est également l’emblème de la résistance des paysans au Mexique contre le dictateur mexicain Profirio Diaz, connu par sa déclaration, «Pauvre Mexique, si loin de Dieu et si près des Etats-Unis », en espagnol « Pobre México, tan lejos de Dios y tan cerca de Estados Unidos ». Le long métrage, «Viva Zapata !» est considéré par les spécialistes comme l’un des plus grands chefs-d’œuvre des classiques du cinéma américain, réalisé par Elia Kazan, sorti aux Etats-Unis en 1952. Ecrit par le célèbre romancier John Steinbeck, le film relate de façon romancée les dix dernières années de la vie d’Emiliano Zapata. Le révolutionnaire mexicain est incarné avec brio par Marlon Brando, après avoir connu le succès dans « Un tramway nommé Désir », il remportera le Prix d’interprétation à Cannes pour le personnage de Zapata. Anthony Quinn, qui interprète le rôle du frère de Zapata, a quant à lui remporté l’Oscar du meilleur second rôle pour « Viva Zapata ! »
Le film relate ainsi comment tout a commencé, en 1909, lorsqu’un groupe de «péons» (paysans), spolié par les riches propriétaires terriens, part protester auprès du président Porfirio Diaz qui est à la tête du Mexique depuis 34 ans. Devant la condescendance du dictateur et son refus d’intervenir, Emiliano Zapata, aidé de son ami Pancho Villa, interprété par Alan Reed, et de son frère Eufemio, décide de prendre la tête de la révolte et de faire triompher le droit des paysans.
Dans le scénario écrit par John Steinbeck, Zapata est dépeint comme un chef rebelle incorruptible, guidé par son seul et constant désir de rendre leur terre aux paysans spoliés, oubliant son intérêt personnel. Steinbeck, nommé à l’Oscar du meilleur scénario, mène ainsi une réflexion sur le pouvoir qu’il soit politique ou militaire qui corrompt les hommes, excepté Zapata.
Pour les besoins du film, Steinbeck écrit une citation, prononcée par Marlon Brando dans le rôle de Zapata, qui, même si elle n’est pas du révolutionnaire historique, résonne aujourd’hui, comme une citation qui traverse le temps et l’espace : « Vous voulez des chefs sans défauts, ça n’existe pas. Un chef est comme tout le monde. Il change ! Il abandonne ! Il meurt ! Il n’y a pas de chefs en dehors de vous. Un peuple fort est la seule force durable. » n