L’espace de rencontre littéraire l’Agora du livre de l’Enag a reçu, avant-hier à la Librairie Média Book, le musicologue et écrivain Abdelkader Bendamèche, qui a fait part de ses recherches concernant la vie et l’œuvre de Sidi Lakhdar Benkhlouf, saint parmi les saints, homme de culture et moudjahid contre l’invasion des Espagnols de Mostaganem, et sur le parcours exceptionnel de cheikh Mohamed El Badji.

Abdelkader Bendamèche révélera que Sidi Lakhdar Benkhlouf «raconte les maux sociaux des XIVe et XVe siècles» et que «Sidi Lakhdar Benkhlouf est aussi un savant soufi combattant, puisqu’il a combattu avec l’Armée, qui était dirigée par Hassan Pacha Ibn Kheireddine. C’était un commandant parmi les plus cultivés. Ces derniers, sur leur chemin d’Alger à Mostaganem, s’arrêtaient tous les deux ou trois jours et recrutaient des gens et lisaient des poésies et des récits légendaires».
Sidi Lakhdar Benkhlouf, selon l’intervenant, «nous a raconté l’histoire de notre religion, il a fait une étude des plus précises. Il a passé des années à visiter les zaouiate, où il rencontrait les grands poètes populaires et les grands savants pour acquérir les connaissances». A titre d’exemple, l’intervenant souligne que Sidi Lakhdar est parti de Mostaganem à Tlemcen pour faire une visite spirituelle à Sidi Boumediene, soulignant que «c’est la particularité des soufis qui transcendent le temps. Et l’histoire de cette itinérance, il en a fait une grande poésie «el Amana» ou l’Agrément, pour entrer dans le monde soufi. Il y relate les conditions et le résultat de cette rencontre». Abdelkader Bendamèche relate également à l’auditoire présent que Benkhlouf distribuait le courrier entre les campagnes et les responsables turcs durant la période de Hassan Pacha Ibn Kheirredine. Sidi Lakhdar Benkhlouf, était installé à Mazouna, non loin de Mostaganem (un beyleck à l’époque). «Ténès et Mascara étaient des régions où les Ottomans s’étaient installés et, en sa qualité d’estafette de l’administration de Mostaganem, il était appelé à se déplacer jusqu’à Alger (palais du Dey)», ajoutera-t-il. «Dans sa poésie il dit et retrace l’itinéraire de l’Armée algérienne d’Alger à Mostaganem pour combattre les Espagnols en 1558, (d’Alger vers Mezaghran, via Blida, Cherchell, Chlef, Relizane, Tiaret et Sig). Mezaghran, le village historique, théâtre de la bataille d’août 1558 opposant les forces algériennes aux forces espagnoles», a confié l’orateur, spécialiste du saint de la ville de Mostaganem. Toujours dans l’esprit de mettre en valeur des personnalités de la culture algérienne, l’intervenant est également revenu sur son livre dédié à cheikh Mohamed El Badji, «Le personnage atypique qui ne ressemble à personne». Abdelkader Bendamèche révèle que «durant la guerre d’indépendance, il a participé à la Bataille d’Alger. Il était un nationaliste actif aux côtés notamment de Didouche Mourad». Il ajoute qu’El Badji a appris le chant avec Moussa Bousbaâ. Le chanteur sera en 1957 incarcéré et condamné à mort, il sortira 1962 échappant par chance à l’application de la sentence. C’est lors de son incarcération qu’il a composé sa chanson phare ‘El Maqnine Ezzine’». Pour l’anecdote autour de cette chanson, le musicologue relate que, lorsqu’il était en prison, «El Badji était un religieux pratiquant et chaque matin, il faisait l’appel à la prière. Le gardien de la prison lui disait chaque fois «chante, chante canari», c’est de cette réflexion qu’il s’est inspiré pour écrire cette chanson qui est toujours un succès, jusqu’à aujourd’hui». n